Caramba, encore raté

Les voyants, c’est comme les bonnes résolutions, on les voit débarquer à chaque nouvelle année. Avec cette constance : leur niveau de charlatanisme reste très élevé.


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La différence entre un bon et un mauvais voyant ? Le mauvais voyant, il fait des prédictions, il se plante. Le bon voyant, il fait des prédictions, il se plante… Mais c’est un bon voyant. Et comme La Réunion ne semble pas manquer de diseurs de bonne aventure, nous nous sommes amusés, au Tangue, à vérifier ce qu’ils nous racontaient l’an dernier sur l’année 2018. Eh oui, parce que ces gens-là, en plus, on les laisse parler dans les médias, et ils font la “une”.

Comme on n’allait pas non plus passer une journée complète sur le sujet, nous nous sommes cantonnés aux archives que nous avons retrouvées le plus facilement – d’autant qu’en ce moment, la bibliothèque départementale est fermée, et que c’est là-bas que nous faisons nos recherches.

Nous avons donc épluché les “prédictions” de Jocelyn et Gérard Bonnet sur Zinfos, et celles de Hadil et Rina de Prato sur Clicanoo. Franchement, après l’année qu’on vient de passer, ça nous a fait du bien de nous marrer un bon coup.

La première remarque, c’est que nos voyants sont très En Marche !. Jocelyn : “Notre cher Président continue sur sa lancée et résiste aux menaces et attaques de tous bords” ; Gérard : “Le Président Macron, impassible prend en main notre destin, les Français s’aperçoivent que doucement il cherche des solutions. […] La droite et le FN sont out, et Mélenchon qui essaye de terroriser les Français ne fait que les pousser dans les bras protecteurs de Macron. […] Ce jeune président représente la France dans le monde, contrairement à Hollande, et redonne du lustre à notre pays. Il est en train de prendre la première place en Europe, prenant la main dans bien des domaines dont l’écologie.” ; Rina : “La cote de Macron va un peu remonter. Je vois que des ministres ne vont pas rester, surtout le ministre de la justice. (Raté aussi, Nicole Belloubet n’a pas bougé, NdT)” ; Hadil : “C’est un président qui va se révéler progressivement. Il a pas mal d’atouts autour de lui. Il est en train de redresser la barre économiquement. Je vois qu’il va devoir gérer un conflit mondial où il va jouer un rôle important. Sa popularité va remonter, on le verra autrement.” On vous avait prévenus, ça vole haut.

À l’international, et vu le président que les États-Unis se trimballent, il n’y avait pas besoin d’être devin pour imaginer les pires scénarios. Et plaf, ils y sont tombés les deux pieds dedans. Si Gérard parle de “guerre civile” aux USA et annonce que “Trump ne terminera pas son mandat” (pour l’instant, en tous cas, ça va, NdT), Jocelyn fait très fort : “La Corée du Nord est toujours une menace pour les États-Unis et d’autres pays. D’énormes tension entre les deux pays qui ne cesseront de se narguer. Des règlements de comptes personnels dégénèrent, entrainant des échanges négatifs, qui auront du mal à se désamorcer.  Le nucléaire finira par nous perdre, les Nord-Coréens dans leur folie menaceront plusieurs pays.” Pile l’année où on a observé une détente inédite entre les deux Corée, l’abandon (du moins officiel) du programme nucléaire nord-coréen et une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-Un. C’est ballot.

 

“Toute la canne ne sera pas supprimée mais une grande partie.”

 

En ce qui concerne La Réunion, Gérard annonçait : “La Droite est divisée, on peut même dire explosée“, alors que c’est son rassemblement qui a permis l’élection de Jean-Luc Poudroux à Saint-Leu (et les flèches qu’il avait en face de lui, aussi). Jocelyn, particulièrement clairvoyant, balance : “Les têtes représentatives montantes seront Thierry Robert, Erika Bareigts, Jean-Hugues Ratenon. Ces fortes personnalités arriveront à imposer leurs projets à La Réunion.” Pour Ratenon, on dit pas. Pour Bareigts, et plus encore, pour T. Robert, c’est très bien vu. Pour Hadil, “Les anciens vont disparaître du paysage politique” (Poudroux et ses soixante-huit ans lui font un bisou). Rina, elle, pensait que “Toute la canne ne sera pas supprimée mais une grande partie.” Sans commentaire.

Pour le reste, il n’y a pas grand chose à en dire. Ils annoncent tous des attentats, de la pluie, des mouvements sociaux, des accidents, des procès d’hommes politiques… Rien de nouveau sous le soleil : la vraie prouesse, ce serait d’annoncer une année sans ces choses-là.

Notons quand-même qu’aucun n’avait prédit la victoire de la France en Coupe du Monde, la mort d’Aznavour (pourtant, à quatre-vingt-quatorze ans, le risque était mesuré) ou Alexandre Benalla. Ni même la renaissance du Tangue. Les nuls. 

Loïc Chaux