Le chômage a baissé pendant les manifestations des “Gilets jaunes”

Il n’y a pas de raison : Le Tangue peut lui aussi être de mauvaise foi. Parce qu’on a aussi lu que les “Gilets jaunes” avaient mis plus des trois quarts des entreprises réunionnaises dans la mouise. Il suffisait de lire correctement les “tendances conjoncturelles” concernant le quatrième trimestre 2018, publiées par l’IEDOM.


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Il y a quelques jours – voire quelques semaines, mais vérifier les chiffres, au Tangue, ça nous prend du temps – l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer (IEDOM) publiait sa traditionnelle “tendance conjoncturelle” trimestrielle, consacrée, comme à l’habitude, au “climat des affaires”. Mais puisqu’il s’agissait du dernier trimestre de 2018, celui avec les “Gilets jaunes”, l’IEDOM a choisi d’approfondir son étude en enquêtant auprès des entreprises locales sur le sujet, justement, des manifestations de novembre  et de décembre. La diffusion du document a donné lieu à une conférence de presse, et les Réunionnais ont par là-même appris la catastrophe économique qu’a représenté le mouvement. Car ce qui en est ressorti – avec des variantes, selon les titres – c’est que “85% des entreprises réunionnaises ont été impactées par les “Gilets jaunes”” (ici, , entre autres). Oui, ça fout un peu les jetons. Salauds de “Gilets jaunes”.

Sauf que ce n’est pas ce que dit la publication de l’IEDOM, chez qui nous sommes allés pour les questionner sur la méthode. Cette enquête, effectuée en début d’année, a été réalisée auprès de quelque deux cents PME, que l’IEDOM juge “représentatives” du tissu économique local. Ce que nous ne remettons pas en cause : c’est la classique technique de l’échantillonnage utilisée par exemple pour les sondages, qui donne en général une représentation assez proche de la réalité. On n’a pas dit “précise”, hein. Mais ne chipotons pas : selon l’IEDOM, ces deux cents boîtes représentent environ 40% de l’emploi local ; l’échantillon paraît donc assez important.  

 

Une impression des patrons, et pas un fait économique

 

Un questionnaire a donc été envoyé à deux cent quatorze PME, et deux cents d’entre elles ont répondu. D’ailleurs, l’IEDOM a aussi questionné des TPE, dont les réponses sont assez proches de leurs grandes sœurs. Or, nous nous sommes procuré ce questionnaire : comme nous nous y attendions, il ne fait que questionner les patrons sur leur “ressenti”. Il n’étudie pas du tout la réalité économique des entreprises, mais bien les impressions de leurs dirigeants. Ainsi, lorsqu’on demande au boss : “Quelles ont été les conséquences des blocages sur votre chiffre d’affaires du 4e trimestre 2018 par rapport à celui de 2017 ?“, sachant qu’il fallait qu’ils estiment une éventuelle baisse par tranche de 25%, ils n’ont jamais eu à fournir des preuves de ce qu’ils avançaient. Un patron peut très bien avoir eu l’impression d’avoir vu son chiffre d’affaires diminuer de 50% alors que ce n’est pas le cas, puisqu’il n’avait pas encore fait les comptes de la boîte sur la période donnée. D’ailleurs, l’enquête ne dit pas autre chose : plusieurs fois, elle insiste sur le fait que ce ne sont que des “déclarations” de la part des dirigeants, c’est-à-dire ce qu’ils affirment, et pas forcément une réalité. Il aurait donc fallu titrer : “85% des chefs d’entreprise déclarent avoir été impactés négativement par les “Gilets jaunes”.” Ce qui n’est plus du tout la même chose.

D’autant que dans le même temps, l’IEDOM nous dit que, pendant le dernier trimestre de 2018, le chômage, à La Réunion, avait… diminué de 0,9%, ralentissant l’augmentation observée sur toute l’année. “Les chiffres, on peut leur faire dire ce qu’on veut“, souriait-on rue de la Compagnie. Et c’est vrai.

Car il semble bien que le cataclysme économique annoncé pendant les manifestations de fin d’année n’a pas eu lieu. D’abord car les PME et TPE s’en sont accommodé, limitant les licenciements à quelques – très – rares exceptions (voir le communiqué, dans le premier hyperlien), huit entreprises sur dix déclarant que “leur activité de 2019 ne sera que faiblement voire pas du tout impactée par cette crise“. Paraît aussi que les banques ont filé un coup de main.

Il y a quelque temps, Le Tangue relevait déjà que malgré leurs atermoiements de fin 2018, les vendeurs de voitures avaient réalisé une nouvelle année record en termes de ventes. Et il y a quelques heures, l’IRT vient de communiquer sur une nouvelle année record en termes d’affluence de touristes ainsi que de dépenses sur place. On a bien vu, à l’époque, qu’il était de bon ton de gueuler contre ces manifestants qui “mettent l’économie de La Réunion à genoux“, qui “bloquent l’économie“, (si, si, on a lu ça…), il semble bien que c’était juste un moyen de les faire passer pour des cons. 

Loïc Chaux