Bois-Blanc : Bob le bricoleur fait des relevés de poussières

Des installations faites de bric et de broc ont fait leur apparition aux environs de l’éventuelle future carrière de Bois-Blanc, dans le cadre des études préliminaires concernant les poussières produites par le site. Pas rassurant pour les riverains.


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Décidément, ce qui a trait aux travaux de la Nouvelle route du littoral sent un peu la débrouille à l’arrache, en ce moment. Hier, le Jir nous apprenait que de nombreux accropodes auraient été victimes d’un problème dans leur conception en béton, les rendant tellement fragiles qu’une centaine d’entre eux se seraient cassés. Et aujourd’hui, on a informé Le Tangue de l’apparition de drôles de bricolages aux environs de le potentielle future carrière de Bois-Blanc, qui devrait servir à l’approvisionnement en cailloux de la partie en digue de la NRL, des bricolages sensés aider à évaluer les futures émissions de poussières. Un truc pas important, donc, les poussières.

Lors de la publication de l’arrêté autorisant l’exploitation de la carrière de Bois-Blanc le 28 décembre 2018 – contre l’avis, notamment, du Conseil national de la protection de la nature, voir ici – le Préfet demandait à la société chargée de l’exploitation, la SCPR, de veiller au “suivi des retombées atmosphériques totales […] assuré par jauges de retombées.” Il s’agissait en fait d’obliger la SCPR à faire des relevés des “particules” en suspension (poussières, particules fines, etc.) et de veiller à ce qu’elles ne dépassent pas un certain seuil, afin de protéger quand même un minimum les poumons des riverains. Or, la SCPR, par le biais d’un sous-traitant, a débuté ces derniers jours un “relevé d’état initial“, c’est-à-dire l’évaluation des poussières actuellement, avant que les travaux n’aient commencé. Un peu comme lorsque vous faites la tare sur votre balance, il s’agit d’évaluer une valeur de base, qu’il faudra comparer avec celles qui seront relevées dans le cas de l’ouverture future de la carrière.  

 

Vive la récup’ !

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que dans les environs de Bois-Blanc, ça en a fait rire plus d’un, lorsqu’on s’est rendu compte du matériel utilisé : un entonnoir, un bidon, du scotch, le tout fixé toujours avec un peu plus de scotch, avec parfois les étiquettes encore dessus, dans les jardins de quelques habitants… C’est un peu bricolo-bricolette qui font des relevés. “La norme a été adaptée en fonction de l’environnement. On a fait avec les moyens que nous avions à notre disposition, nous a-t-on répondu chez le sous-traitant en question. Pour le reste, je vous renvoie vers l’arrêté du préfet.Après vérification, il semble donc que les moyens à disposition, ce sont les magasins de bricolage du coin. Bon.

L’arrêté précise en fait que c’est la norme NFX 43-014 qui doit être respectée dans le cas précis des collectes de poussières. Il s’agit de récolter les eaux de pluie à l’aide d’un dispositif appelé “jauge Owen” (l’entonnoir et la bonbonne) chargées des éléments volatils pendant une trentaine de jours. Puis un préleveur récolte un échantillon – après remuage de la tambouille – qui sera filtré et, après évaporation de l’eau, sera pesé. On en déduira un poids par jour de poussières au mètre carré. La norme en question  concerne bien le poids des poussières, et non leur composition ; s’il y a d’éventuelles particules fines – les plus dangereuses pour la santé – nos pauvres bidons ne nous seront pas d’un réel recours : pour mesurer plus précisément celles-ci, il faut des filtres plus perfectionnés, et onéreux qui ne sont pas installés à notre connaissance.  

 

“J’aurais peut-être enlevé l’étiquette sur l’entonnoir…”

 

Et les moustiques ?

Dans l’arrêté préfectoral, un chapitre est consacré à la “lutte antivectorielle”, c’est-à-dire contre les moustiques. Comme nous sommes en pleine période d’épidemeie de dengue, c’est assez intéressant. 

L’arrêté dit à la SCPR : “Toutes les mesures doivent être prises […] pour éviter la constitution de gîtes larvaires, notamment en limitant la stagnation des eaux.” Nos petites bonbonnes pleines d’eaux stagnantes sont donc, en plus, pile dans les clous.

Nous avons contacté un laboratoire, dans l’Hexagone, spécialisé justement dans les analyses de la qualité de l’air. Nous leur avons montré nos bricolages pays. “Ah, c’est sûr que c’est rudimentaire, votre installation. Déjà, il aurait fallu un trépied. On voit qu’ils ont eu du mal à trouver un endroit où fixer leur bidon. Ils auraient pu aussi mettre un grillage au-dessus de l’entonnoir, pour éviter qu’il y ait tout un tas de choses qui tombent dedans, que les oiseaux ne viennent pas… Bon, et puis, j’aurais peut-être enlevé l’étiquette sur l’entonnoir, aussi. En général, on utilise aussi des récipients un peu plus opaques, pas transparents comme ceux-là. Il existe des jauges Owen conçues justement pour ces relevés dans le commerce. Chez vous, vous n’en aviez peut-être pas.

En revanche, il n’est pas dit que la norme n’ait pas été respectée : “Elle est en fait assez permissive ; cette jauge rentre sûrement dans la norme, malgré son aspect “bricolage”. Le souci, c’est qu’elle doit pouvoir résister aux intempéries, au vent, à la pluie.” On a sûrement affaire à un scotch water-proof. Et le manche à balai est certainement très costaud : il faudra en effet qu’il puisse tenir une trentaine de jours, comme l’arrêté le demande. Mais il ne faut pas faire que du mauvais esprit. Les associations riveraines, qui ont intégré le Comité de suivi au chantier, auront accès aux données récoltées dans la douzaines de bidons installée aux alentours de Bois-Blanc. Ce qui, comme le reste, ne devrait pas changer grand-chose, mais on n’est plus à ça près.

Loïc Chaux

 

Un manche à balai, un bidon, un entonnoir, du scotch, et hop, on relève les poussières !

 

Bonus le 11/04 à 13h : Parmi les nombreux experts de l’Hexagone que nous avons sollicités dans le but d’évaluer la fiabilité de la méthode employée à Saint-Leu pour mesurer les poussières, un bureau d’études nous a répondu dans la nuit. Et pour lui aussi, le bricolage que nous lui avons montré ne semble pas très sérieux. Il nous a notamment expliqué que “Le récipient doit être suffisamment grand pour recueillir les eaux de pluie pendant la durée d’exposition, soit trente jours“. Sauf événement climatique particulier, au vu de la hauteur habituelle des précipitations dans le coin, notre bonbonne devrait tout juste suffire. C’est déjà pas mal.

Mais surtout, notre expert nous confirme aussi que cette jauge ne permet pas de connaître la présence ou non de particules fines – ce n’est d’ailleurs pas ce qui a été demandé à la SCPR – et qu’elle ne présente pas la stabilité requise : “Normalement, on utilise un trépied stable pour éviter tout risque de chute de la jauge ou bien une tige enfoncée dans le sol assez profondément. L’ouverture, c’est-à-dire l’entonnoir, doit être bien horizontale par rapport au sol (cela ne semble pas être le cas sur la photo). Pour le recueil des poussières, il n’est pas nécessaire que le récipient soit opaque mais c’est recommandé pour éviter la prolifération des algues dans l’eau.

Vraiment, on se doutait bien qu’il y avait un problème…