Crise de nerf à Antenne

À la télévision, c’est bien connu, mieux vaut se contenter de regarder l’écran sans chercher à connaître l’envers du décor. Le Tangue a quand même laissé traîner ses épines du côté de la Technopole, où l’ambiance semble électrique chez les people d’Antenne Réunion...

 

C’est la rentrée, vous l’avez remarqué : le retour des bouchons, les collègues qui font la tronche et la sacro-sainte présentation des nouvelles grilles de programme de la téloche. Chez nous non plus, on n’échappe pas à la tradition. Alors nos deux chaînes péi ont convoqué les confrères pour dévoiler leur saison 2018-2019. On vous la fait courte rayon programmes : des télénovelas brésilo-indo-mexicaines, quelques émissions phares repiquées à l’Hexagone et les rendez-vous d’info.

Et c’est de ce côté-là que ça se devient drôle. Un samedi matin d’août, dans le Quotidien, le PDG d’Antenne Réunion nous gratifie d’une très bonne vanne : “C’est une rentrée sous le signe de la stabilité.” Sacré Christophe Ducasse, quel déconneur ! Le Quotidien appuie d’ailleurs la blague en apportant la preuve ultime : la chaîne privée n’a pas changé ses présentateurs.

Et c’est vrai, les présentateurs sont restés. Mais c’est à peu près tout ce qu’Antenne n’a pas changé dans les coulisses du JT. Parce qu’à la rédaction, depuis un an, pas une semaine ne passe sans un scandale, un esclandre, un arrêt maladie, une rupture conventionnelle ou une démission. Depuis notamment le limogeage déguisé du rédacteur en chef Éric Fontaine. Depuis, donc, la nomination d’un duo de cheffes en lieu et place : la très populaire Yolande Calichiama, directrice de l’information, et la très sérieuse Sabrina Supervièle, rédactrice en chef.

 

Finale de Coupe du monde de foot, et pendant ce temps-là, sur Antenne…

 

En interne, les quelques survivants ont compté : en un peu plus de douze mois, une dizaine de journalistes a quitté le navire. Une rédactrice en chef adjointe, des journalistes confirmés, des précaires et même des pigistes. Environ la moitié de l’effectif ! Même dans une boîte habituée au turn-over, c’est du jamais vu. À coups de tentatives de réorganisation autoritaires et de pratiques managériales musclées, les deux patronnes de l’info ont fait exploser la rédaction. Après avoir prôné la “bienveillance” en interne lors de leur prise de poste, les deux journalistes ont appliqué la stratégie inverse. Au point d’enterrer avec la direction les résultats d’une enquête interne sur les risque psychosociaux qui se seraient avérés accablants. Le tout sans que personne ne bronche, ni du côté de la direction, ni chez les syndicats de journalistes d’ailleurs.

En face, on fait dans le recyclage
Du côté de la chaîne publique dont les audiences sont toujours inversement proportionnelles aux budgets, on fait dans la retape en rapatriant les anciennes gloires. L’illustre Gora Patel aux manettes a ainsi bombardé l’expérimenté Elyas Akhoun au 19H, en croisant les doigts pour que la vedette, exfiltrée de la défunte France O, redresse les courbes d’audience. À l’heure où nous écrivons ces lignes, Sophie Gastrin pourrait aussi être sur le retour… Exit les jeunes, place aux anciens. D’ailleurs sur le 12h30, Pascal Souprayen a laissé pousser ses cheveux blancs pour ne pas disparaître de la grille. L’autre jour, on l’a d’ailleurs confondu avec le recteur...

Les deux cheffes de la rédaction ont donc poussé l’équipe au bord de la crise de nerf. Mais elles ont aussi et peut-être surtout perdu en crédibilité. Il faut dire que les JT ont réservé quelques épisodes savoureux pendant la saison 2017-2018 : pas question de se moquer des voix chevrotantes ou des images floues des pauvres stagiaires envoyés au casse-pipe et contraints de boucher les trous dans l’effectif. On pense plutôt à cet immense moment de gêne que représente l’interview de Booba par la directrice de l’info, par ailleurs présentatrice du 19h ou encore cette décision farfelue de conserver l’horaire du JT à 19h le 15 juillet, pile au moment du coup d’envoi de la finale de la Coupe du monde, tout en le remplissant de reportages sur le foot. Il paraît que trois ou quatre téléspectateurs sur l’Île se sont laissés convaincre.

Si les audiences avaient progressé, les équipes auraient sans doute passé l’éponge. Mais les chiffres sont cruels : le trimestre avril-juin 2018 accuse une baisse par rapport à la même période il y a un an. Tout baisse, de l’audience cumulée à la part d’audience en passant par la durée d’écoute par téléspectateur. Et il se murmure que la baisse est surtout sensible sur le JT de la patronne.

Une rédaction sens dessus-dessous donc, des résultats en berne et des représentants du personnel fâchés : voilà le vrai programme de la rentrée d’Antenne. D’ailleurs, Christophe Ducasse a même, pendant les vacances, assisté au dernier Comité d’entreprise (d’habitude, il ne daigne pas s’y déplacer). Il n’a pas été déçu : le plan de réorganisation de la rédaction y a été massivement rejeté par les délégués du personnel qui ont même menacé le PDG et les deux cheffes de l’info de délit d’entrave pour avoir mis en place leur plan avant de le présenter au CE. Une double première dans l’histoire de l’entreprise. Et un beau cadeau de départ pour le PDG historique qui quittera bientôt l’entreprise. Stabilité, qu’il disait !

Martin Jed

 

Ces unes de Visu vous sont offertes par les pots de peinture Mauvilac.