En athlétisme, un cador sous corticos

Il courait vite, cet athlète, et l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) semble avoir compris pourquoi : il a été contrôlé positif aux corticoïdes lors d’une course à Sainte-Suzanne en 2017. La cerise : le coureur en question était un sportif de tout premier plan à La Réunion.


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Sur ces trois dernières années, le palmarès est impressionnant : des victoires sur des dix kilomètres dans toute l’Île, des podiums sur plusieurs semi-marathons – dont celui, le plus connu, de la corniche – et même sur des trails courts, le Journal de l’Île parlant alors de lui comme d’un “phénomène“. Mais le 17 septembre 2017, et alors qu’il est encore auteur d’une très grande performance sur l’Ultra-Run de Sainte-Suzanne, il subit un contrôle antidopage qui se révélera positif quelques semaines plus tard. Nous avons décidé de conserver son anonymat ; appelons-le Gérard.

Extrait du résumé de la décision de l’AFLD.

Dans les urines de Gérard, le laboratoire de Gand (qui effectuait alors les analyses pour l’AFLD pendant la période de suspension du labo de Châtenay-Malabry) a découvert de la “bétaméthasone à une concentration de 48 nanogrammes par millilitre.” Un corticoïde, pour faire plus clair. Ce qu’il y a de bien, avec les corticos, c’est qu’ils agissent tout de suite sur la performance, qu’ils aient été administrés dans ce but ou non ; c’est pour cela qu’ils sont strictement interdits, à moins de pouvoir fournir une Autorisation à usage thérapeutique (AUT), ce qui n’a pas été le cas ici. Ce genre de truc, que les médecins prescrivent assez facilement en cas de douleurs diverses et variées, diminue donc la douleur, la fatigue, et favorisent du coup l’endurance. Fantastique quand on court du fond. Hélas, c’est un peu du dopage à l’ancienne : dans les années soixante – soixante-dix, les plus grands coureurs cyclistes avouaient en prendre ; depuis les années deux mille, elle était détectée lors des contrôles. Difficile de passer à travers même si, selon plusieurs sportifs que nous avons interrogés, cette pratique est loin d’être un cas isolé dans plusieurs autres sports.

 

Il a depuis disparu de la circulation

 

L’histoire qui nous concerne ici est encore plus compliquée lorsque nous avons découvert que le coureur en question ne possédait pas de licence auprès de la Fédération française d’athlétisme (FFA), alors que l’Ultra-Run était bien une épreuve d’athlé. Si bien qu’à la Ligue, on n’était au courant de rien. Joint au téléphone, le Conseiller technique régional nous a confié tomber des nues, tout en expliquant que “beaucoup de coureurs participent à des courses sous les couleurs d’un club même s’ils n’ont pas de licence, ou, du moins, une licence à la journée.” C’est le cas ici : dans le compte-rendu du Quotidien de l’époque, l’athlète en question est décrit comme appartenant à un club local. 

Sauf que, selon les documents auxquels Le Tangue a pu avoir accès, ne disposant pas d’une licence auprès de la FFA, c’est l’AFLD qui a dû elle-même décider d’une sanction ; la procédure a pris du temps, mais l’AFLD a finalement décidé de suspendre le coureur en question pour un an, à compter de sa date de notification à l’athlète, c’est-à-dire le 4 décembre 2018. Onze mois plus tôt, il avait déjà été informé du résultat positif de son contrôle, ce qui ne l’avait pas empêché de remporter un trail en écrasant la concurrence, puis de participer à trois autres courses. Il était alors membre d’un autre club à La Réunion, auprès de qui, cette fois, il avait souscrit une licence auprès de la Fédération.

Sa suspension court donc jusqu’à la fin de l’année ; nous avons essayé de le contacter, mais selon d’anciens camarades de course, il aurait littéralement disparu de la circulation : son dernier résultat officiel sur une compétition remonte à juillet 2018.

Loïc Chaux