La pub Air Austral qui ne dit pas son nom

Il y a un grand principe dans la presse : il ne faut pas duper le lecteur et lui faire croire qu’une pub est un article. Depuis trois jours, dans le Journal de l’Île, Air Austral fait exactement cela.

 

Il existe différentes solutions pour que le lecteur de journaux sache différencier la publicité du contenu rédactionnel. Soit la pub prend tous les attributs d’une pub : cela réside principalement dans la mise en page qui ne doit pas semer le troubleSoit la pub reprend les codes de l’article de presse (titraille, textes, photos…). Dans ce cas précis, l’encart doit porter la mention de “publi-reportage”.

Dans le Jir de dimanche, la page 7 en est un parfait exemple, avec un publi-reportage de la ville de Saint-Pierre à propos du World clean up day et annonçant “des centaines de bénévoles à Saint-Pierre” ; ici, aucune confusion possible : la mise en page est différente du reste du canad, la mention “publi-reportage” apparaît.

En revanche, un peu plus loin, et ce fut de nouveau le cas hier et aujourd’hui (vous pouvez acheter les éditions ici), des double-pages ont clairement essayé de vous rouler dans la farine vous, lecteurs distraits. Celles-ci louent la “réussite” d’Air Austral – vous savez, la compagnie de l’océan Indien qui saigne les Mahorais (jamais billet d’avion entre Mayotte et Paris n’a été aussi cher et votre petite bête s’y intéressera plus tard). Voici donc des pages et des pages à la gloire des quinze ans du long courrier et le “pari réussi” de Mayotte. Pas de mot, en revanche – pour l’instant ! – sur le fiasco des lignes vers Nouméa ou Sydney ; la fermeture de la liaison avec l’Australie a d’ailleurs foutu dans la merde pas mal d’étudiants réunionnais partis étudier l’Anglais en Erasmus au pays des kangourous. Et c’est justement cela, la fourberie : les sujets qui fâchent ne sont pas abordés, car il s’agit bien d’une publicité ! Il faut être attentif, pour le voir, puisque la mention “publi-reportage” n’apparaît pas, et que les maquettes utilisées sont similaires à celles du journal : la titraille reprend la typo de “une”, le corps de texte est le même que dans le reste du journal, la mise en page ressemble furieusement à ce que fait le Jir ; seule l’absence de têtière et de pagination, remplacées par un “bandeau” aux couleurs d’Air Austral, laisse deviner le subterfuge. L’œil averti aura cependant aussi remarqué que ni les articles, ni les photos, ne sont signés : ils ne sont donc pas – en théorie – rédigés par la rédaction du Jir, mais bien par la com’ d’Air Austral.

Au Tangue, on n’a rien contre la pub, les publi-reportages, tous ces trucs qui permettent aux rédactions de survivre. Mais manifestement, chers lecteurs de journaux, l’annonceur a essayé de vous la faire à l’envers. Ou alors, il n’a peut-être pas fait exprès, allez savoir. Dans tous les cas, voici l'”oubli” réparé.

N. G.

Actualisation le 3/10 : Air Austral lit Le Tangue ! Ce jour, la mention “Publi-reportage” est apparue sur la double-page parue dans le Jir, double-page sur laquelle vous en apprendrez beaucoup sur l’aventure formidable des peintures sur carlingues.