La Réunion, nouveau maquis des bandits corses

L’Île est devenue une destination prisée pour les malfaiteurs corses qui cherchent à se mettre au vert.

 

À la Réunion, le milieu du banditisme est né des urnes…” La blague est récurrente chez les flics et les magistrats. Et pour cause. L’île n’est pas connue pour sa criminalité organisée. Ce n’est pas pour autant qu’elle ne compte pas quelques bandits parmi ses habitants. Ces dernières années, le caillou est devenu une destination appréciée des malfrats corses qui ont besoin de s’éloigner un peu de leurs affaires quand les balles sifflent un peu trop à côté de leurs oreilles.

C’est le cas de Noël Andréani, nationaliste ayant versé, comme bon nombre de ses camarades de lutte, vers le banditisme de la Plaine-Orientale, une micro-région au sud de Bastia en proie à une importante pression immobilière et où les différends se règlent à coup de 9 mm. Mis en examen en 2014 dans une tentative d’assassinat sur un “concurrent” nommé Olivier Sisti, Noël Andreani a, dans un premier temps été écroué. Mais la détention s’est mal passée. Il a été agressé ce qui a appuyé sa demande de remise en liberté. Dans le même temps, Olivier Sisti, réputé pour être un brin tatillon dès qu’il est question de rancune, retrouve lui aussi la liberté sur un vice de procédure. Le juge d’instruction qui sent venir un bain de sang avec ces ennemis lâchés dans la nature, veut séparer les deux hommes qui, par le passé, ont fourbi leurs armes ensemble. “Je  cherche à éviter une tuerie” écrit alors le magistrat au Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de La Réunion dans un mail que Le Tangue a pu consulter.

 

La solution se trouve à 10 000 km de Prunelli di Fiumorbo, la commune d’origine de l’assassin présumé. Andreani connaît bien la Réunion pour y être venu déjà se terrer au début des années 2000 après l’assassinat de son ami Jacques Navarra, charcutier, militant nationaliste chez Aramata Corsa, retrouvé criblé de balles de 9 mm dans le maquis corse. Il avait été exécuté par de faux policiers. Tous les proches de Navarra avaient alors été éliminés dans ce que les enquêteurs de l’époque ont appelé “le grand nettoyage”. Andréani a donc fui.

 

Lors de cette prise de maquis, Noël Andréani s’est amouraché d’une Réunionnaise à qui il a fait une petite “payetti” comme sourit une source proche du dossier. Comprendre une métisse corso-réunionnaise. Bien implanté, Andréani a même chaussé ses baskets et couru le Grand Raid. Sachant cela, le magistrat l’exfiltre sur l’île, où il s’installe sur la côte ouest sous surveillance électronique. Il reprend la course à pied et participe en 2015 à la course de Bassin-Vital.

 

Selon un enquêteur, le cas de Noël Andréani ne serait pas rare à la différence que cette mesure d’éloignement a été décidée par un juge d’instruction. “Certains truands corses bénéficient de relais sur l’île, la communauté étant importante, pour se mettre à l’abri, le temps que ça se calme. Les exécutions liées au milieu corse ont rarement lieu en dehors de l’île si ce n’est parfois à Marseille. Mais les deux milieux sont étroitement liés.”

 

L’intervention du juge d’instruction de Bastia en faveur de Noël Andreani lui a finalement coûté cher. Dans un mail qu’il a adressé au SPIP, il a insisté sur le caractère urgent de sa demande précisant que Noël Andréani et Olivier Sisti étaient des “tueurs”. Le courriel est arrivé entre les mains de l’avocate d’Olivier Sisti qui a alors déposé une plainte auprès du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour “défaut d’impartialité”. Entre temps, les affaires d’assassinat lui ont été retirées. Et en juillet 2017, l’affaire se corse pour lui. Il hérite d’un blâme en lien avec cette affaire. Aujourd’hui, c’est bien le magistrat qui pourrait prendre le maquis à son tour. Il a demandé son inscription au barreau de Saint-Denis de La Réunion.