Procureur Muller, levez-vous

C’est une vieille connaissance du Tangue, Philippe Muller. Et nous, au Tangue, on aime bien prendre des nouvelles des vieux copains, même ceux qui finissent devant les tribunaux.

 

Dans sa carrière de magistrat, Philippe Muller, ancien procureur de la République à Saint-Denis aujourd’hui à la cour d’appel de Grenoble en a vu, des pieds nickelés. Des gusses qui affirmaient que non, ce n’était pas eux qui avaient volé cette bagnole même si leurs empreintes étaient partout… Sans doute un complot visant à les faire tomber. Comme ce chien qui a bouffé une poule et qui prend l’air de rien alors qu’une plume dépasse de sa gueule.

Cela n’a pas empêché Muller de raconter n’importe quoi le 13 mars dernier devant la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris, pour expliquer comment son adresse IP avait été pistée par les enquêteurs sur de vieux articles de presse en ligne utilisés par un corbeau pour décrédibiliser un autre magistrat, membre de l’Union syndicale des magistrats, farouchement opposé aux méthodes managériales de celui que, dans les couloirs de Champ-Fleuri, on nomme encore “Mumu” tant sa petite ombre hante toujours le bâtiment. Ses explications à la noix disant que, lors d’un cambriolage, un intrus s’était connecté à sa box internet pour consulter ces pages web d’articles vieux de plus de quinze ans n’ont pas berné les magistrats qui ont rendu leur décision le 5 juin : Muller est coupable. Il hérite de 1000 euros d’amende avec sursis, d’un euro de dommages et intérêt et de 2000 euros de frais de procédure.

Pour la justice, c’est donc lui le corbeau qui, en juin 2014, a envoyé sur plus de deux cents boites mails du ressort de la cour d’appel de La Réunion – Mayotte y compris – une petite revue de presse concernant François Thévenot, alors vice-proc’ de Saint-Pierre, mis en cause quinze ans plus tôt à la suite d’une dénonciation calomnieuse. “C’est une affaire qui a fait du mal à la justice”, note un magistrat. Ce genre de chicaya entre procs’ est bien loin de l’image d’une justice courtoise, polie, rendue par de gentilshommes vêtus de robes noires.

 

Caliméro

 

Muller avait déjà marqué la rupture en débarquant à La Réunion un an plus tôt. Des témoignages le concernant sont remontés jusqu’au ministère de la justice. L’un des arguments de Muller était de dire qu’il avait été précédé par sa réputation et ostracisé par ses ouailles. Mais dans les faits, selon ces témoignages dont Le Tangue a été destinataires, le procureur s’était mis à l’écart tout seul : “Le jour de son arrivée, il n’a salué aucun magistrat du parquet, passant devant les bureaux restés portes ouvertes. Il s’est enfermé dans le sien toute la journée”, est-il écrit. Plus tard, il fera savoir que sa mission était de “remettre de l’ordre dans ce parquet”. Une remarque d’autant plus mal vécue que parmi les magistrats sous ses ordres, certains l’avaient fréquenté à l’Ecole nationale de la magistrature (ENM). “J’ai même terminé devant”, livrait à l’époque l’un d’eux.

En quelques jours, Muller avait souhaité imposer une méthode de travail “germanique”, comme il dit. Quand on s’appelle Muller, ça coule de source. D’abord, il avait changé toutes les attributions, ne consultant personne. Ses magistrats avaient en outre l’interdiction de prendre des rendez-vous sans son autorisation, ils ne pouvaient plus communiquer avec les gradés chez les flics ou les pandores. Il avait lâché lors d’une réunion houleuse : “Ma conception du parquet c’est : je décide, vous obéissez. Je vais vous mettre au boulot.” Dur à entendre, alors que sa boutique avait été tenue pendant six mois sans patron. Il finira la réunion par dire : “Si vous vouliez être magistrats, il fallait passer au siège.” Comprendre “chez les juges”… “C’est un lapsus qui en dit long sur sa conception du rôle du procureur comme bras armé d’une politique qui avance en rendant des comptes”, tranche une magistrate. Lui, apparemment, avait choisi le parquet sans pour autant imaginer qu’un jour, il serait de l’autre côté de la barre…

Nicolas Goinard

Un peu d’auto-promo, ça fait toujours plaisir.