Quand la canne fait la vertueuse

Un lobby qui tente le “greenwashing” à coups de com’ ? Et en plus pas dans n’importe quel domaine : chez la toute-puissante canne à sucre, notre déesse à tous.

 

C’est tellement beau, on en pleurerait. (Source)

Votre bête à piquants a failli en tomber de son scooter : alors qu’elle essayait difficilement de se frayer un chemin au milieu du bordel automobile de Saint-Denis, elle s’est retrouvée collée au cul d’un camion décoré d’un des visuels de la campagne de pub lancée par le Syndicat du sucre il y a quelques années (voir ci-contre). Alors, on ne va pas faire les étonnés : comme tout lobby qui se respecte, le but est bien de nous faire avaler des couleuvres, et dans le domaine, les vendeurs de sucre sont pas mal, ici.

L’accroche de cette affiche annonce : “Nos vaches produisent des lisiers pour la canne dont la paille nourrit nos vaches.” Sous-entendu : regardez ce cycle vertueux, ce circuit fermé local, où les vaches réunionnaises font pousser des cannes réunionnaises qui nourrissent des vaches réunionnaises. Belle tentative de “greenwashing“.

En vrai, la réalité est plus complexe. D’abord, si en effet, le lisier est utilisé pour la canne (mais provenant aussi des porcs et des volailles), cela ne suffit évidemment pas : il faut aussi des engrais, des herbicides… “On ne sait pas se passer d’herbicides” expliquait à RFI Sylvie Lemaire, du Syndicat du sucre, justement. D’ailleurs, les cannes “bio” ne représentent qu’une infime partie de la production totale. “Compliqué“, expliquait-on au Syndicat du sucre.

 

Soja, maïs du monde entier…

 

Mais alors, la “paille” des cannes nourrit-elle au moins les vaches pays ? À peine : nos Marguerites ont en fait plutôt tendance à bouffer des céréales. En effet, la plupart des producteurs, ici, se fournissent auprès de l’Union Réunionnaise des Coopératives Agricoles (Urcoopa). Ça ne les empêche pas de croquer dans la paille de canne – le fourrage étant un aliment de base pour les bêtes, mais pour produire de la viande ou du lait, cela ne suffit pas. Et c’est là qu’on perd de vue, une nouvelle fois, l’aspect vertueux de la chose : car l’Urcoopa, pour produire ses aliments à base de soja, de maïs, etc., pioche un peu partout : Métropole, Argentine, Roumanie, Inde… Le tout sans la garantie qu’il n’y ait pas d’OGM dans le lot.

Bon, après tout, ces affiches, c’est de la com’. Mais vous aurez remarqué qu’au Tangue, on n’apprécie pas trop de se faire prendre pour des jambons. Surtout quand on parle d’une culture emblématique du coin qui, pour le coup, ne nourrit pas ses habitants. Qui, en revanche, nous fait bien grossir et bien picoler.

Loïc Chaux