Solidarité avec les copains margouillats

En fouinant chez les voisins – pardon, les confrères – le Tangue a débusqué une petite merveille d’article sur le site du magazine Leader Reunion. Alors bien sûr, la nature même de cette revue consiste à faire la promotion de la grande distribution sur l’île. Mais de là à faire la promo de vendeurs d’insecticides dans un magazine consacré au “Bio”…


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La couverture du dernier numéro de Leader Réunion annonce donc que ça va parler de “bio”. Ça, on l’a bien compris, avec la photo la plus caricaturale qu’on pouvait imaginer : une femme maquillée comme un camion volé se retrouve dans un bain de salade et s’en croque une bonne feuille… Sans commentaire.

Et puis en haut à droite, le titre d’un autre article qui vante la promotion du groupe Sojam. Qui sont donc ces formidables innovateurs qu’on nous dépeint ? Des “fournisseurs de solutions insecticides et anti-nuisibles“. Dont l’ambition est tout simplement de buter les petites bêtes, quitte à noyer La Réunion sous leurs produits sympathiques.

Sojam entend bien “doubler” son chiffre d’affaires et nous refourguer des “insecticides, répulsifs, anti-rongeurs“, chimiques, cela va sans dire. Faudrait quand même pas aider les Réunionnais à développer des solutions alternatives (genre, par exemple, utiliser justement les “insectes auxiliaires”, c’est-à-dire des insectes qui bouffent les nuisibles. On avait assisté à une excellente conférence sur le sujet à Alternatiba, d’ailleurs). Dans l’article de nos confrères, cet aspect environnemental est d’ailleurs relégué en fin d’article et expédié en deux phrases. Oui, Sojam va commencer à développer des produits non chimiques. Blablabla. Un jour peut-être, le greenwashing a de belles heures devant lui, et de toutes façons, c’est la mode.

 

Piège à la dakatine et faux coups de fusil

 

En attendant, le patron de Sojam nous explique qu’il a vraiment pensé à nous. Il ne nous traite pas comme de vulgaires Bretons ou Bourguignons. “Nous avons ainsi développé spécialement pour l’île le pulvérisateur Rétro Spécial Margouillat“, explique-t-il fièrement. Bien entendu, la ou le journaliste oublie peut-être de préciser que ces produits existent déjà et n’en questionne surtout pas l’utilité. Pourquoi diable faudrait-il encourager la disparition de ces petites bestioles inoffensives qui consomment quelques quantités de moustiques et trouvent donc peut-être une forme d’utilité dans nos maisons ?

Enfin ouste, du balai les margouillats. Une fois nos gentils geckos sur le dos, la Sojam nous ouvrira son grand imperméable façon “Tu veux un bonbon ?“. Et nous approcherons en courant : “Moi, moi, monsieur, s’il vous plaît, y a trop de moustiques sur ma terrasse, je veux un serpentin toxique qui défonce la gorge et les poumons pour le même prix !

D’ailleurs, l’article du magazine nous explique que le grand patron est venu les valises pleines d’autres super idées. Nos préférées ? Le “piège à rat aromatisé au beurre de cacahuète” mais surtout “les répulsifs sonores oiseaux à ultra-sons imitant les coups de fusil“. Par mesure de prudence, dans les prochaines semaines, Le Tangue fera une croix sur ses habituelles tartines de dakatine. 

Alix Rivière