Sur le Grand Raid, un peu de caca, certes

On entend souvent dire que le passage des coureurs du Grand Raid transforme les sentiers en dépotoirs. Le Tangue est allé vérifier, en pleine course. 


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Le Tangue a mauvais esprit. Il a donc un peu rigolé lorsqu’il a lu dans les journaux, vendredi notamment, que le Grand Raid se voulait écolo, et promettait de laisser les sentiers propres, avec l’approbation de l’ONF. Alain Fontaine, de l’ONF justement s’exprimait ainsi dans le Jir : “Ce travail de sensibilisation porte peu à peu ses fruits, mais il est vrai que l’on ne peut pas être derrière tout le monde. […] Je crois que la grande majorité des raideurs ont bien compris.” 

Il fallait vérifier cela, et pendant que La Réunion avait les yeux rivés sur le suivi de la course sur Internet et sur La Redoute (ou les oreilles sur Free Dom), Le Tangue a pris son sac à dos samedi matin, et a relié le Maïdo à Cilaos dans la journée. Persuadé qu’il était de trouver des sentiers dégueulasses, il a donc remonté la course, sur un parcours commun à la Diagonale et au Trail de Bourbon (Maïdo – Roche-Plate et Marla-Cilaos) ou seulement le Trail de Bourbon (Roche-Plate – Marla).

Et votre petit animal à piquants a beau être de mauvaise foi et facilement chafouin, sur ce coup, il doit bien l’avouer : les sentiers qu’il a traversés, il aurait pu y manger par terre. Un tube de gel, deux ou trois gobelets, mais, au final, rien de plus que lors d’une randonnée classique. Et puisque nous avons, justement, effectué nos vérifications en pleine course, il est exclu de mettre cette propreté au bénéfice de l’organisation, qui passe après coup ; non, ce sont bien les participants qui ont été propres, du moins sur la partie que nous avons reconnue. Le Taïbit qui, lors de notre passage, avait vu passer l’ensemble des coureurs de la Diagonale et du Trail de Bourbon, était presque plus propre que le reste de l’année. 

En prenant le parcours à l’envers, et notamment sur des sentiers où il est difficile de se croiser (surtout dans la partie Maïdo – Roche Plate), Le Tangue craignait un peu de se faire pourrir par des participants à fond dans leur course. Là encore, il a eu le – mauvais – esprit mal placé : il a passé la journée à se faire remercier parce qu’il laissait passer les gens et à dire bonjour aux concurrents qui répondaient gentiment. Ça n’en fait pas des héros, ça n’enlève rien à l’édito de vendredi, mais il faut bien aussi être francs.

Ne croyez pas, cependant, que le Grand Raid ne laisse aucun stigmate sur les sentiers, du moins dans l’immédiat. La liaison Maïdo – Roche plate s’effectue en effet dans une odeur de caca humain quasi-permanente : à bien y regarder, on trouve régulièrement des étrons avec leur petite feuille de papier-cul dans les virages du col. La Taïbit lui-même n’est pas exempt de ces toilettes improvisées juste au bord des sentiers ; derrière un rocher, ils s’y étaient mis apparemment à plusieurs. La vraie pollution du Grand Raid, ce sont donc bien ces pêches posées sur la route, qui laisseront certainement un souvenir impérissable au randonneur vacancier – mais qui peuvent aussi l’aider à ne pas se perdre en balisant le chemin, certes.

C’est aussi à la sortie de Marla qu’un point noir a été remarqué : le ravitaillement proposait en effet des repas servis dans des culs de bouteilles en plastique, avec une petite cuillère de la même matière. À la sortie de l’îlet, les coureurs du Trail de Bourbon n’ont apparemment rien trouvé de mieux que de déposer ces contenants garnis de restes de bouffe sur des rochers ou au bord du sentier.

Dans tous les cas, tout cela n’est pas assez pour confirmer l’idée reçue selon laquelle le Grand Raid salit les sentiers. De temps en temps, Le Tangue peut bien être un peu positif.

Loïc Chaux

La capture est issue du film Fous d’Irène, qui plaira certainement aux cinéphiles.