“Vous croyez que je pourrai rester en France ?”

Fruit du hasard qui vient se confronter à l’actu, Le Tangue vient de passer deux semaines de vacances au Sri Lanka. Et rencontré des gens qui veulent en partir. Pour la France, pourquoi pas.


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Est-ce que je pourrais vous poser une question ?” Le jeune homme proprio d’une petite guesthouse de Tangalle, dans le sud du Sri Lanka, s’éloigne régler un problème dans la rue avec la police, et revient. “Si j’arrive à aller en France, vous croyez que je pourrai rester ?” Nous n’avions pas encore parlé de La Réunion, ni des hommes et des femmes qui, depuis quelques mois, tentent de relier nos côtes. Nous avions seulement répondu à la classique question, au Sri Lanka, lancée aux touristes histoire de commencer une conversation : “Where are you from ?” “France.

Nous lui montrons La Réunion, sur une carte. Il trouve que c’est loin, mais pas tant que ça : “Il y a quelques années, avec mes amis (il désigne deux potes, dans le canapé juste derrière), on avait réussi à partir en Australie. Vingt-neuf jours de bateau, je me souviens d’une tempête qui avait duré quatre jours. On était une soixantaine. Mais dès qu’on est arrivés, on nous a arrêtés, et on nous a renvoyés au Sri Lanka, par avion, en quelques jours.” Il explique que certains bateaux partent de Tangalle, des bateaux de pêcheurs “en bon état, pas vieux du tout.” Il avait payé plusieurs milliers de dollars – deux, trois, il ne se souvient plus. Il parle d'”arrangements” avec les pêcheurs du coin. 

Voir Paris”, toujours

Que ce soit au Sri Lanka ou ailleurs, le discours des candidats est toujours le même. À Tangalle, notre jeune homme nous expliquait : “On ne peut pas partir, on nous refuse les visas. On veut juste rejoindre un grand pays, on regarde ceux qui sont les plus proches de chez nous. J’aimerais voir Paris.” Ces mots sont entrés en raisonnance avec un vieux reportage, réalisé à Diego, à Madagascar, il y a cinq ans. Une jeune femme nous expliquait alors : “Partir de Madagascar ? Mais non, je suis bien ici. J’aimerais juste voyager, voir un jour la tour Eiffel. Mais pour une jeune femme malgache et célibataire, le visa est impossible à acquérir.”

Vu par deux touristes, le Sri Lanka semble en paix. Les hommes et les femmes en armes rencontrés se trouvaient aux environs de l’aéroport, des ambassades et des chantiers colossaux d’immeubles financés par la Chine. Selon Amnesty International, les principales persécutions ont lieu contre les Tamouls, dans le Nord, suspectés d’entretenir des liens avec les  Tigres Tamouls, indépendantistes en guerre contre l’État Sri Lankais jusqu’en 2009, auteurs d’attentats meurtriers réprimés dans le sang : “Des Tamouls soupçonnés d’être liés aux LTTE étaient toujours détenus par les autorités au titre de la PTA, qui autorise la détention administrative prolongée et fait reposer la charge de la preuve sur les prisonniers qui affirment avoir subi des actes de torture ou d’autres mauvais traitements.” “Depuis dix ans, notre pays est pacifique, nous expliquait un monsieur rencontré dans les Hauts de l’Île, au milieu des plantations de thé de Ella. À ma connaissance, il n’y a pas de persécutions religieuses. Contre les chrétiens ? Si des gens qui arrivent chez vous vous disent qu’ils sont persécutés parce qu’ils sont chrétiens, ils vous mentent. Tout le monde s’entend bien, chez nous.” C’est ce qu’affirmaient pourtant les six Sri Lankais retrouvés au large de Saint-Gilles en mars. C’est ce que dit l’organisation Solidarité chrétienne internationale

 

Persécutés ou pas, en fait, on s’en fout

 

Qu’en pense notre jeune homme de Tangalle ? Il ne parle pas de religion. “La vie est dure, ici, il y a plein d’histoires entre nous, une ambiance compliquée, dangereuse. Et on ne peut pas partir, on nous refuse les visas. On veut juste rejoindre un grand pays, on regarde ceux qui sont les plus proches de chez nous. Pas en Inde, c’est pareil qu’ici.” Il n’en dira pas plus. Sinon qu’il aimerait voir Paris.

Le Sri Lanka ne connaît quasiment pas le chômage, moins de 5% en 2015. “Et ceux qui ne travaillent pas trouvent toujours un moyen de gagner un peu d’argent ici et là“, nous expliquait-on à Ella. “Ici, il y a peu de sans-abri. Et l’État essaie de s’en occuper, de les envoyer dans des endroits où ils peuvent se reposer, se nourrir, nous expliquait un autre Sri Lankais, à Polonnâruvâ. Un jour, j’avais rencontré un Américain qui m’avait raconté tous les sans abris qu’il y avait aux États-Unis, je n’en revenais pas qu’il y ait autant de pauvres chez vous !

L’espérance de vie à la naissance est de soixante-quatorze ans ; l’alphabétisation des jeunes frôle les 100% (source). Mais un Sri Lankais gagne en moyenne environ trois cents euros par mois, le Sri Lanka est un pays pauvre. Pourquoi ces chiffres ? On n’en sait même rien : l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dit : “Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.” Qu’il soit riche ou pauvre, en danger ou non, donc. Nous, personne ne nous a pris la tête pour nous empêcher d’aller chez eux.

Loïc Chaux

 

N. B. : Amis lecteurs, si vous voulez continuer à avoir foi dans le genre humain, ne lisez pas les commentaires des sites d’actu locaux.

 

Oui, ceci est une photo de vacances de la gare de Colombo. On n’avait que ça, ou des selfies.