Dimitri Payet, coupe de La Réunion

Malgré des performances parfois très élevées, l’idole des petits Réunionnais dans les salons de coiffure n’a toujours pas de palmarès national. Faut dire aussi qu’il en traîne, des casseroles.


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Dans le “barber shop” du Chaudron, un petit garçon vient de s’installer dans son siège, trop grand pour lui ; sa maman regarde de loin. Un des coiffeurs, la tondeuse dans la main, lui demande la coupe de cheveux qui lui plairait. “Comme Dimitri Payet“, répond le marmaille. Sourire entendu des collègues : ils veulent tous la même.

Le football, sport le plus populaire à La Réunion. Et Dimitri Payet, un des meilleurs pratiquants que l’Île ait vu naître. Normal que les petits veuillent lui ressembler. De là à en faire un exemple…

Juin 2010, devant un bar à Saint-Pierre. L’équipe de France, lors de son dernier match amical avant la Coupe du monde en Afrique du Sud, vient de perdre contre la Chine, nation mineure du football mondial. Ça sent déjà mauvais pour la suite. Dans cette grand-messe du football réunionnais, beaucoup de Kréopolitains – ces joueurs d’origine réunionnaise évoluant en Métropole – sont en vacances dans l’Île. Devant ledit bar, l’auteur de ces lignes – moi – croise un groupe de connaissances. Parmi eux, un jeune d’une vingtaine d’années, se présente comme de coutume : “Salut. Dimitri Payet.” Moi, poli : “Salut, Loïc.” Lui, sans desserrer la poigne, me regardant dans les yeux : “Non, mais moi, je suis Dimitri Payet !” Quelle folie, je n’avais donc pas sauté au plafond en rencontrant en vrai le milieu de l’AS Saint-Étienne !

À l’époque, Dimitri Payet commençait à se faire connaître comme un bon joueur de Ligue 1. Ç’avait été la galère : envoyé au Havre encore à peine ado par la Saint-Pierroise, il était rentré à La Réunion avant de retourner à Nantes, où il avait fait quelques apparitions – et passé un BEP de vente – avant de partir chez les Verts. Et quelques semaines plus tôt que cette rencontre, en championnat, Payet avait essayé de frapper son coéquipier Blaise Matuidi qui lui reprochait ses passes ratées ; ils avaient dû être séparés par l’arbitre et leurs coéquipiers.

 

“Je veux rejoindre le PSG.”

 

L’ancien de la Saint-Pierroise et de l’Excelsior commençait donc avec panache sa carrière de jeune footballeur, il la poursuivra sur un scénario connu, entre coups d’éclats sur le terrain, baisses de régime, et surtout embrouilles avec la plupart des clubs qu’il va fréquenter. Ainsi, en plein milieu de saison 2010 – 2011, et alors qu’il est en baisse de forme après un démarrage tonitruant (leader du championnat avec Saint-Étienne, meilleur buteur de Ligue 1), il lâche, dans une interview à L’Équipe, après avoir refusé de jouer pour son club : “J’ai fait mon choix, je veux rejoindre le PSG.” Pour expliquer ce geste : “J’ai été déçu des attitudes des dirigeants envers moi.” Traduction, dans le milieu du foot : “Ils n’ont pas voulu m’augmenter.” Saint-Étienne tient bon (et refuse une offre de Paris, au passage, le président lui demandant “d’arrêter de faire l’andouille“), le garde jusqu’à la fin de l’année, et finit par le transférer à Lille.

Il y devient régulièrement international, y reste deux ans, et en partira pour Marseille quasiment sans heurt. Ça ne va pas durer : deux ans plus tard, il est transféré en Angleterre, à West Ham. “Pour rejoindre un projet limpide“, dit-il. L’OM publie alors un communiqué, reprochant au joueur sa gourmandise en termes de salaire, expliquant que West Ham proposait de doubler ses revenus. C’était donc ça, le projet limpide : l’Angleterre propose alors les meilleurs salaires d’Europe, ils veulent tous aller y jouer. Quitte à rejoindre des clubs de seconde zone.

À West Ham, Payet devient un des meilleurs joueurs d’Angleterre, notamment par ses qualités de passeur. Les supporters lui dédient une chanson (où il serait apparemment meilleur que Zidane, ces gens-là sont géniaux) :

 

 

Point d’orgue de la hype, en 2016, Payet est sélectionné pour l’Euro 2016 devenant ainsi le premier Réunionnais à participer à une phase finale avec l’équipe de France. Il s’y révèle fort avec les faibles, faible avec les forts : auteur de deux matches incroyables au premier tour, il s’éteindra ensuite peu à peu. Tous ceux qui s’étaient enflammés pour lui lors des ses prestations initiales dans l’Euro se souviennent, tout à coup, que les Bleus avaient en face d’eux la Roumanie et l’Albanie. Et que, pendant que les coéquipiers montaient en puissance face à des équipes de plus en plus fortes, lui prenait le chemin inverse, malgré cette reprise sur la barre contre la Suisse, qu’on enrage encore de n’avoir pas vue rentrer.

 

 

 

De retour en club, et après un bon début de saison, Payet refait le coup de la bouderie : selon les médias Anglais, en début d’année 2017, il refuse de jouer pour West Ham. Il serait déçu du faible rendement de ses coéquipiers. Rappelez-vous, l’histoire du “projet limpide“… Sa “grève” aura raison de son club : il finira par retourner à Marseille, sous les sarcasmes de ses dirigeants de l’époque, et non sans que les supporters londoniens brûlent quelques maillots floqués “Payet”… Pour le coup, on peut supposer que Dimitri ne cachetonne pas : il venait d’être augmenté à West Ham, et Marseille n’avait pas les mêmes moyens. Si cela pouvait lui permettre d’abandonner sa Lamborghini jaune… 

La suite, ce sera une année 2017 un peu mol, avant un début 2018 de première qualité. Si bien que pas mal d’observateurs – réunionnais, surtout – l’imaginent partir en Russie avec l’équipe de France pour la Coupe du monde. Si bien que des rédaction locales décident de prévoir le voyage à des journalistes pour suivre l’enfant du pays. Or, il n’a plus joué avec les Bleus depuis octobre 2017. Et puis quelques semaines avant le Coupe du monde, Payet se blesse à l’entraînement. Il est titularisé en finale d’Europa League, et sort au bout d’une demi-heure. Le lendemain, Deschamps annonce sa liste pour le mondial, Payet n’en fait pas partie. C’est le drame à La Réunion. Les journalistes locaux envoyés en Russie devront trouver des Réunionnais dans les tribunes.

Aujourd’hui, Payet est retombé dans le creux de dents de scie qu’il aura passé sa carrière à suivre. Marseille ne va pas super bien, Payet est capitaine mais a du mal à montrer l’exemple. Selon L’Équipe, à cela viendrait s’ajouter une grogne de sa part face à des coéquipiers qui seraient mieux payés que lui. Faut dire aussi qu’à plus 500 000 euros bruts par mois hors primes et contrats publicitaires, y a de quoi aller regarder dans la gamelle du voisin. Surtout avec un pareil palmarès : la seule fois où il a soulevé un trophée, c’était en 2004, la Coupe de La Réunion, avec l’Excelsior.

Loïc Chaux

 

Bonus : Le reportage de Telefoot en 2010, parce que c’est rigolo.

 

 

 

 

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