Comoriens, votez Ibrahim !

Des affiches, et maintenant des liens sponsorisés sur les réseaux sociaux : Ibrahim Dindar fait de la com’ pour les élections municipales de… 2020. Alors Le Tangue a fouillé les archives, et a fait remonter de bien mauvaises odeurs.


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Notez la mention “Axe partagé”, qui va bien avec la thématique…

La trombine d’Ibrahim Dindar, on y avait droit tous les matins, dans la rue de Nice, en passant, depuis quelque temps. Et puis un article sur Free Dom, des liens sponsorisés sur Facebook, on a fini par comprendre que le monsieur avait quelque chose à vendre, sa candidature à la mairie de Saint-Denis en l’occurrence. On parle de 2020, quand même : Dindar, c’est le type qui arrive à un rencard avec deux jours d’avance, et qui finit avec un bouquet de fleurs fanées dans les mains. Au Tangue, on était tous contents de ne pas avoir à supporter les billevesées déversées en temps de campagne pendant plus d’un an sans élection, et voilà donc Ibrahim Dindar qui débarque avec son concept affiché : “La politique est au centre“. Au centre, surtout, car c’est le meilleur moyen de picorer un peu à droite, un peu à gauche : n’oublions pas que le bougre a été à l’UDF, à L’UMP, a soutenu Madelin, Sarkozy, Balladur, mais a aussi aidé à l’élection du socialiste Gilbert Annette en 2008. On appelle cela des convictions : aujourd’hui, c’est donc à la Droite sociale réunionnaise qu’il appartient. Droite sociale, c’est mignon, mais en fait, ça ne rigole pas : en gros, c’était mieux avant, y a plus de valeurs, ma bonne dame, et y a trop de charges, et faut soutenir les patrons. Pour la partie “sociale“, on ne sait pas trop, mais pour la partie “droite“, ça va, on a bien compris.

 

La Réunion, “grand déversoir au trop-plein des Comores.”

 

Mais nos lecteurs seront aussi heureux de prendre connaissance de ce mythique point presse relaté dans le Quotidien en 2005, alors que monsieur Dindar était notamment conseiller général. 

Pour se remettre dans le contexte, le ministre de l’Outre-mer d’alors, François Baroin, imagine carrément remettre en cause le droit du sol, en appuyant sur Mayotte : “À Mayotte j’étudie la possibilité de limiter à un délai d’un an après la naissance de l’enfant la période pendant laquelle un Français peut reconnaître un enfant naturel dont la mère est étrangère. On peut également envisager de modifier ou de suspendre temporairement certaines règles relatives à l’acquisition de la nationalité française à Mayotte. Par exemple, poser la règle de régularité du séjour des parents comme condition pour l’accès ultérieur des enfants à la nationalité française.”

Ibrahim Dindar saute dedans à pieds joints et, dans le Quotidien du 23 septembre 2005, il balance à tout va : pour lui, les femmes comoriennes enceintes débarquent à Mayotte pour faire reconnaître leurs bébés par des pères mahorais. Sa solution ? Un “test ADN” sur, donc, des Français mahorais. L’expression de “trafic de paternité” est utilisée. 

Attention, la nausée ne fait que commencer : “Il faut en finir avec le politiquement correct. Est-ce être raciste, lepéniste que de dire que La Réunion ne peut pas accueillir toute la misère venue des Comores ? N’est-ce pas plutôt un problème de fond ? À savoir que nous sommes en train de perdre notre culture.

Toujours dans le même article, il va considérer Mayotte comme une “plate-forme de francisation” entre Comores et Réunion, avant de qualifier notre île comme un “grand déversoir au trop-plein des Comores.” Il termine en parlant de logement social, de ces pauvres Réunionnais devant attendre pendant que les “logements part[ent] chez d’autres“…  Le Quotidien, dans un inhabituel billet d’humeur, avait justement noté : “Il ne suffit pas de clamer haut et fort qu’on n’est pas raciste pour ne pas l’être.

Le lendemain, et malgré de nombreuses réactions outragées, Dindar confirmait ses propos. Le surlendemain, face aux associations comoriennes venues l’accueillir au palais de la Source, et après de nombreux messages d’inquiétude sur les ondes, Ibrahim Dindar était obligé de s’excuser : pas parce qu’il avait eu des propos racistes, non, simplement parce que, pour une fois, la population réunionnaise d’origine comorienne ne s’était pas laissée faire. 

Au Tangue, il nous a paru utile de rappeler à cette dernière le pedigree du premier candidat aux élections de 2020 à Saint-Denis. 

Loïc Chaux