Les noms changent, pas les propositions

Réunionnaises, Réunionnais, vous n’avez plus que quelques jours pour participer au “Grand débat national“. Ce serait dommage de rater ça : souvenez-vous, il y a dix ans, comme ce genre de réunions à l’écoute des citoyens a servi. Vous savez, les fameux “États Généraux“…


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Entre le 15 avril et le 31 juillet dernier, selon une périodicité et une méthodologie fixées localement, ces rencontres ont suscité maintes prises de position passionnées et donné lieu à des échanges particulièrement utiles. Des centaines de réunions ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de participants, mêlant élus locaux et citoyens anonymes, acteurs économiques et milieux associatifs, professionnels de l’éducation et de la culture et représentants institutionnels et parents d’élèves, enseignants, lycéens, collégiens.” C’est beau, on en pleurerait. La citation est issue du compte-rendu des États Généraux de l’Outre-mer. Rédigé en… 2009. Dix ans.

Nicolas Sarkozy est alors élu depuis deux ans, et le président aime donner des surnoms pompeux à ses projets ; on avait eu la mode des “Grenelle” au début de son mandat, et pour les Outre-mer, il a choisi carrément la référence révolutionnaire. Quand on parle d'”États Généraux“, les anciens écoliers que nous sommes pensent surtout Tiers-État, Robespierre, nuit du 4 août. On peut difficilement être plus éloigné de ces États-Généraux-là.

Faut dire que début 2009, c’est le bordel en Guadeloupe. Le LKP bloque l’Île, et demande, devinez quoi ? Des écarts de prix moins importants avec la Métropole, une amélioration des transports, de l’éducation, une hausse des salaires… (Nous en avions parlé ici). C’est donc en pleine “crise” antillaise que Sarko lance ses États-Généraux. Ils consistent en de nombreuses réunions organisées dans les départements d’Outre-Mer et, même, un site Internet où chacun peut venir déposer sa contribution. Là, on pense vraiment que cela va vous rappeler quelque chose. Globalement, les DOM jouent le jeu ; de nombreuses propositions sont formulées et celles-ci sont regroupées dans une synthèse d’une soixantaine de pages. Pour rire, en voici quelques unes : 

  • 12.1.a. Un accès Internet aux mêmes conditions de débit, de service et de prix que dans l’Hexagone ;
  • 12.11. Abaissement du prix du fret de façon à faciliter l’accès aux produits locaux d’outremer dans l’Hexagone et vice-versa ;
  • 3.1. Obtention prioritaire d’une autonomie alimentaire ;
  • 4.1. Solidifier le tissu économique de l’outre-mer : Assurer la concurrence contre toutes les formes de monopoles, d’interdiction ou de restriction de l’accès aux marchés ;
  • 6.2. Développer l’énergie thermique des mers pour La Réunion, la Martinique et la Guadeloupe…

On a en a choisi au pif. Mais vous remarquerez que les demandes actuelles des ultramarins, et des Réunionnais en particulier ne sont pas neuves. Le gouvernement de l’époque avait choisi exactement les mêmes méthodes pour interroger la population qu’en ce moment, avec l’incitation aux réunions, aux participations sur Internet. 

Résultat ? Un catalogue de mesures quasiment jamais appliquées – on a quand même noté la disparition des frais d’itinérance sur les téléphones, bien des années plus tard. C’est mince. Le pire ? C’est qu’en 2017, le gouvernement de Macron, la MOM en tête, relance le même genre de bouzin, avec réunions, site Internet pour des propositions et tout le toutim. Cette fois, ça s’appelle les “Assises” – on va finir par manquer de qualificatifs… Et cela donne le fameux “Livre Bleu des Outre-mer“, lui non plus pas appliqué. “L’ambition des Assises ce n’est pas de faire un catalogue déconnecté des réalités et aboutissant à des mesures inapplicables. C’est au contraire une démarche qui associe les citoyens à la construction de leur destin”, disait Annick.Ça aussi, c’était beau à en pleurer. Et pourtant, on nous demande encore, cette fois, d’aller faire des réunions, et de participer sur Internet. Cette fois, ça s’appelle le “Grand débat national“, et ça concerne tout le pays. On n’a toujours pas avancé d’un iota, mais au moins, les appellations changent. Ce serait vraiment de la mauvaise foi que de dire que tout cela n’est que de la com’.

Loïc Chaux