Lièvres, serpents et oiseaux

Épisode 9. Le Tangue aime bien la campagne. Surtout celle des municipales. En ville et dans les champs, il flaire les embrouilles.

 

Samedi 23 novembre

Il est inconnu, mais se présente comme un “outsider”. À Saint-Benoît, Patrick Dalleau veut incarner une offre politique à droite pour tourner la page de la gestion socialiste de Jean-Claude Fruteau. Patrick Dalleau prétend aussi être un candidat “hors système de la vie politicienne”, indique Le Quotidien. Lors de son premier meeting, le néophyte était chaperonné par Daniel Gonthier. Et Michel Fontaine, patron des Républicains, veille sur ce qui ressemble à une nouvelle recrue. Ajoutée à ces “parrains”, la présence d’Yves Ethève, grand mamamouchi du foot pays. On a vu plus révolutionnaire, comme candidat “hors système”.

On est rassurés en lisant dans le JIR: Jean-Hugues Ratenon reste “l’ami” d’Erick Fontaine qui a trahi LFI pour rejoindre la liste de Nassimah Dindar qui sera vraisemblablement soutenue par la majorité présidentielle. Selon le député, “il n’est pas normal que nos élus se comportent comme des reptiles devant le président, alors que la population souffre de sa politique.” De quoi faire comprendre à son “ami” qu’il est tombé dans un nid de serpents ?

 

Dimanche 24 novembre

Encore un ex qui revient. À Saint-André, c’est Éric Fruteau qui fait son come back après avoir été maire entre 2008 et 2014. Imaz Press nous fait partager l’ambiance lors de l’annonce : “C’est avec naturel que celui qui fut maire de Saint-André de 2008 à 2014 mit fin au mystère et annonça : Le temps de la consultation est terminé. Le temps des décisions est arrivé.” Il est vrai que le suspense sur cette candidature était devenu insoutenable.

En 2014, on ne peut pas dire qu’Éric Fruteau avait quitté la mairie en passant par la grande porte. La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) avait rejeté son compte de campagne alors qu’il était candidat aux élections législatives de juin 2012 dans la 5e circonscription (17,86% des voix et éliminé dès le premier tour). La commission avait jugé son compte “insincère” et “déséquilibré” et avait saisi le Conseil constitutionnel. Pour lui succéder, Éric Fruteau avait désigné son épouse, Claudy. Un choix massivement rejeté par les électeurs. Comme l’écrit Le Quotidien : “Voilà pour le passé sur lequel Éric Fruteau dit vouloir ne plus s’attarder.” On comprend pourquoi. Il jure qu’on ne l’y reprendra plus en estimant qu’il n’aurait peut-être pas dû se présenter aux législatives et qu’on “ne peut courir plusieurs lièvres à la fois.” Promis, juré ?

Toujours dans l’Est, Jean-Marie Cotaya, soixante-sept ans, veut “libérer Saint-André.” Sa dernière tentative lui avait pourtant valu un score douloureux : 324, soit 1,44% des voix. Et donc pas de remboursement de 20 000 euros de frais de campagne. Selon Le Quotidien, le candidat assure qu’il “peut faire mieux.” Il est vrai qu’en partant d’aussi bas… Jean-Marie Cotaya a une explication sur sa claque électorale. “Le fait d’avoir été privé de débat télévisé.” Si cela avait été le cas, affirme-t-il, il aurait multiplié son score par dix. Soit 3 240 voix. Ce qui l’aurait emmené au second tour. À quoi cela tient une carrière politique…

 

Lundi 25 novembre

À Petite-Île, le maire Serge Hoarau est confiant pour l’avenir. “La prochaine mandature trouvera une collectivité en pas trop mauvaise santé financière”, relève Le Quotidien. Ça tombe bien, il n’y a encore pas de candidature déclarée. Et vu la faiblesse de l’opposition, il risque bien d’être réélu les doigts dans le nez. Alors autant laisser la maison propre.

 

Mardi 26 novembre

On sait qu’il existe pas mal de machins et de bidules dans les collectivités. Le Tangue a repéré un beau modèle à Saint-Joseph, garanti 100% brassage d’air. Le truc en question s’appelle l’Université rurale de l’océan Indien. L’idée est noble, mais quand on entend le chargé de mission, on se dit que ça doit être plutôt cool de bosser avec ces gars-là : “On a réussi à faire que les réflexions des décideurs intègrent la ruralité comme l’élément de notre identité qui doit structurer l’aménagement de notre territoire.” Pour information, le lancement de la réflexion a débuté en 2004. Changez rien, les amis.

Olivier Hoarau est candidat pour un deuxième mandat au Port. Fair-play dans son discours, il salue avec insistance “l’opposition constructive d’Henri Hippolyte.” Tellement constructive que l’opposant a rejoint la majorité. Cela valait bien un hommage public à “Loulou”. Ce futur ex-PCR dit avoir pris sa décision de rompre avec son propre camp avec “lucidité” et “très grande sérénité”, selon le JIR. Toute idée de succéder à Olivier Hoarau au cas où celui-ci devienne député pour remplacer Huguette Bello étant totalement étranger à ce revirement.

 

Mercredi 27 novembre

Lu dans le JIR ce flingage en règle de Richard Nirlo par l’un de ses adjoints dans la majorité, Yves Ferrières. C’est dit avec des fleurs comme à un enterrement : “Je ne suis pas juge. Je ne dis pas que Richard Nirlo ferait un mauvais candidat. Mais j’estime que, même s’il a assuré l’intérim, il n’est pas plus légitime qu’un autre. J’appelle donc ma majorité à bien réfléchir pour trouver le meilleur candidat possible.” En l’occurrence, lui ? Si ce n’est pas le cas, Yves Ferrières veut bien retourner chez lui “écouter les oiseaux qui sifflent.” En attendant, ce sont les balles, qui sifflent.

Le même Yves Ferrières a sorti les flingues de concours en balançant sans pudeur ses petits copains de la majorité au sein de laquelle il siège depuis 2000… Les affaires en cours, connais pas ! “Je ne suis pas du tout concerné par les enquêtes en cours, assure l’élu de droite. Mais, oui, nous sommes face à des faits que l’on peut difficilement nier.” Pour la présomption d’innocence, on repassera. Le gentil Yves Ferrières se plaint même de l’image “salie” de la commune donnée par ses camarades. “C’est lourd à porter pour tout le monde.” Un peu moins pour lui, qui prône un “nouvelle dynamique”, oubliant juste qu’il fait partie des meubles à Sainte-Marie.

À Saint-Paul, Joseph Sinimalé a du mal à trouver des soutiens dans sa propre majorité. Ainsi, pour défendre son bilan, seuls quatorze de ses quarante-trois élus était présents autour de Cyrille Melchior. Certains se trouvent “hors département”, a minimisé le président du Département. Tout en reconnaissant que “d’autres auraient pu être là.” La vérité est qu’ils sont partis ailleurs : sur des listes concurrentes.

 

Jeudi 28 novembre

Des photos d’eau marron sortie des robinets de Saint-André circulent sur le net. En cause, les fortes pluies du week-end passé et une panne sur une micro-centrale. À lire un commentaire relevé par le JIR dans la bouche de l’élu en charge de l’eau, il y a de quoi être plutôt inquiet sur la qualité de l’eau dans la commune. D’un côté, il nous dit que la ville a acheté une méthode de traitement des eaux “la plus complète et la plus onéreuse”, “une voiture qui roule à 400 km/h.” De l’autre, l’élu se demande si elle n’est pas “sous-dimensionnée.” On sait que le conseiller municipal en question roule maintenant pour Sylvie Moutoucomorapoullé et non plus pour le maire. Une explication concrète de politique en eaux troubles.

Sacré André Thien-Ah-Koon et son art des formules à l’emporte-pièce. Pour rendre hommage au “grand Réunionnais” qu’est Gérard Ethève l’emblématique patron d’Air Austral mis sur la touche pour son management brutal, le maire du Tampon l’a qualifié de “Mac Gyver de l’aviation”. Les voyageurs de l’époque auront quelques sueurs froides en apprenant que la compagnie régionale était dirigée par un type qui bricolait des bombes avec un cure-dents et du liquide vaiselle.

Sinon, ce même jeudi, à l’assemblée plénière de la Région, les conseillers régionaux ont fait les malins devant les caméras, surtout ceux qui se présenteront aux prochaines municipales. Mention spéciale aux Didier Robert, Joé Bédier et Olivier Rivière, qui ont fait mine de s’étonner que les esprits s’échauffaient, alors qu’eux-mêmes sont les deux pieds dedans. Le Tangue est comme les Miss : il déteste l’hypocrisie. Et mention ultra-spéciale à Joé Bédier, dont la saillie raciste annonce une campagne de haut-vol à Saint-André.

 

Vendredi 29 novembre

Après les gilets jaunes, beaucoup d’élus s’étaient rangés derrière le principe “un homme/une femme – un mandat”. À commencer par Didier Robert. Et puis voilà que, les élections approchant, les choses ne sont plus aussi nettes. On apprend dans la bouche de Juliana M’Doihoma (décidément omniprésente dans le JIR, grandes photos comprises), que c’est plutôt intéressant de travailler à la fois pour une commune et pour la Région. Chacune des deux expériences se “nourrissant” mutuellement. “Tout est surtout question de travail, d’organisation et de cohérence…” Pour la cohérence avec le grand principe lancé par son mentor, Juliana M’Doihama repassera.

À Saint-Paul, on a du mal avec la géopolitique locale de la campagne. Et Giovanny Poire est un sacré boug’. Du genre à sortir :Si je serai présent ? Je pense, peut-être, oui. Si Dieu le veut.” La médaille d’or de la semaine pour la déclaration la plus bidon. Giovanni Poire organise donc une conférence de presse pour dire… rien. Enfin si ! 1) Qu’il réfléchit… On n’est pas plus avancés. Mais on est heureux pour lui si ça bouillonne dans son crâne. 2) Il figure à la même conférence de presse avec deux autres dalons qui, eux, se sont déclarés candidats. Le trio se tâte pour constituer une liste commune. Ce que les trois appellent une “plateforme”. Déjà qu’ils ne semblent pas tout à fait au point avant même d’avoir démarré, alors qu’est-ce que cela va être une fois qu’ils seront lancés… Avec une brochette pareille, Joseph Sinimalé doit trembler.

La rédaction du Tangue