Pour un observateur politique peu familier de nos tambouilles locales, il y aurait de quoi être un peu perdu à la lecture des positions récentes de certains membres de la gauche péï. Quant certain(e)s volent au secours des lobbies du rhum, d’autres font campagne avec l’extrême-droite. Une chatte n’y retrouverait pas ses petits.
Autre curioisté, la défense, par quelques illustres membres de la gauche – radicale ou non – des “batay kok”, comme Le Tangue s’en étonnait juste avant les fêtes, lorsque plusieurs messieurs un peu colère s’étaient réunis devant la Préf’ au prétexte de la “défense des traditions“.
La nouvelle pirouette nous est arrivée hier, par la voix du député LFI Perceval Gaillard, auteur d’une “question écrite au gouvernement” pour la “Défense des pratiques traditionnelles réunionnaises“. Outre les différentes pêches que le député défend, parce qu’elles permettraient “à nombre de familles d’avoir un repas quand elles ne pourraient se permettre de manger du poisson faute de pouvoir d’achat suffisant” (à 90 balles le kilo de bichiques au bord de la route, c’est évidemment pur “manger du poisson“), il déploie un long argumentaire pour défendre… les batay kok.
Faut dire qu’au Tangue, on avait rappelé la signature du Perceval Gaillard au bas d’une proposition de loi visant à interdire la corrida en 2022. Réponse, hier, du même Gaillard : “Ainsi dans le cadre des corridas il s’agit d’une exécution systématique publique d’un animal, qui n’a aucune chance de s’en sortir, par un être humain. À l’inverse dans le cadre des batay kok il s’agit d’un combat entre animaux de même force qui sont des combattants naturels et qu’il est parfaitement impossible de forcer à se battre. Par ailleurs il est très rare que ces combats se finissent par la mort de l’un des deux animaux.” Voilà le député qui nous refait l’histoire : sans l’homme, de toutes façons, les kok, ils se battraient quand même. A se demander pourquoi les éleveurs leur coupent les plumes, massent la peau des animaux au rhum et au vinaigre, les obligent à se muscler et à ingurgiter des préparations à base de médocs et de zamal… Mais il ne s’agit pas de “maltraitance“, hein : “Très attaché à la protection animale, le député tient à défendre cette tradition qui ne relève pas du tout de la maltraitance animale, contrairement a ce qui peut être parfois dit par méconnaissance. Au contraire les éleveurs de coqs sont très attachés à leurs animaux, les traitent de la meilleure manière qui soit et font tout pour leur éviter des blessures et bien entendu la mort.” Ben tiens : rien à voir, évidemment, avec le fait que les paris rapportent des milliers d’euros, et qu’un bon kok peut être revendu tout autant… L’amour des bêtes, mon bon monsieur ! Mais pas des gonzesses, hein, puisque cette “tradition” est, de plus, particulièrement misogyne, certains ron refusant la présence des femmes. Là encore, la gauche local lé pa la ek sa.
Cette position du député Gaillard sur les batay kok est d’autant plus savoureuse que, tant dans le programme de la FI en 2022, puis dans celui de la NUPES aux législatives de la même année, on pouvait lire cette proposition (qui concerne du coup aussi la chasse tangue, chasse de déterrage), sur laquelle le député Gaillard a été élu, donc : “Interdire les pratiques de chasse et de “loisirs” cruelles pour les animaux (déterrage, chasses à courre, corrida, combats de coqs, spectacles incluant des animaux sauvages, etc.)“. Ultime pirouette : en défendant à tout prix les batay kok, Perceval Gaillard rejoint ainsi un certain Jean-François Nativel, qui défend la pratique pour exactement les mêmes raisons que lui. Un Nativel dont les positions sont anti-écologiques, et pour le moins confuses sur les autres sujets. Il en faut, de la souplesse.
L. C.
