Joue-là comme Sarko et Marine : condamné à une peine avec exécution provisoire, Maurice Gironcel conteste les décisions de justice, et imite la moule sur son rocher. Momo, c’est quand même la preuve que la justice s’intéresse aussi aux Cocos…
Mékilson méchan, ces juges ! Et pis gauchistes, avec ça ! Et c’est pas Le Tangue, qui le dit : ce sont les pontes de l’extrême-droite qui dénoncent des “Juges rouges“, après la condamnation à l’inéligibilité d’une palanquée d’élus RN pour avoir piqué dans les caisses de l’Europe, dont Marine Le Pen, avec exécution provisoire. C’est aussi les potes à Sarkozy, il y a quelques semaines, tous fâchés de voir l’ancien président condamné à de la taule avec mandat de dépôt différé, sans attendre le résultat de l’appel : gueuler à la gauchisation des juges, qui seraient tous encartés au Syndicat de la magistrature, c’est la mode.
Sauf que, anecdote assez rigolote : au moment même où Sarko en prenait plein les dents dans l’affaire du financement de sa campagne par Kadhafi, le maire de Sainte-Suzanne et président de la CINOR, Maurice Gironcel, se voyait lui aussi condamné à une peine avec exécution provisoire, ici cinq ans d’inéligibilité (entre autres). Comme Sarko, Momo était poursuivi par le Parquet national financier ; comme Sarko et Marine, il a été reconnu coupable de tripatouillages financiers. Comme Sarko et Marine, il a remis en cause le travail des juges qui l’ont condamné en première instance. Comme Sarko et Marine, il a beuglé “Y a pas eu d’enrichissement personnel !” Comme Sarko et Marine, il est de droi… Euh, ben non : Gironcel, c’est le Coco historique à La Réunion, un genre de Pokémon rouge assez rare qui survit au milieu d’un PCR moribond. Gironcel condamné, c’est la preuve par l’exemple que les juges ne tapent pas que sur les droitards ; c’est aussi la preuve que la critique de l’Etat de Droit, des décisions de justice et la défense de la voyoucratie et du complotisme ne sont pas réservées qu’aux fachos.
Gironcel devrait gicler. Dans une démocratie à peu près normale, c’est ce qui devrait se passer : il a beau être présumé innocent, parce qu’il a fait appel, il ne faut pas faire non plus comme s’il n’y avait pas eu de premier jugement, avec des faits, établis, documentés, confirmés par des témoins (le jugement, que nous nous sommes procuré pour l’article ci-dessus, est particulièrement accablant).
Gironcel, c’est aussi un monsieur qui a des casseroles au cul, plusieurs fois inéligible, qui tenait ce genre de discours, au téléphone, à une militante : “Tu tiens le bureau 11, tu ne nous embêtes pas. Quand tu la remplaces (l’assesseur titulaire), tu fais passer le message aux autres. Tu dis (à l’équipe) : allons travailler ensemble. Comme ça, ils comprennent.”
Si, par le biais de procédures auprès du tribunal administratif, Gironcel pourrait, légalement, continuer à siéger à la commune et à la CINOR, et alors que sa “démission d’office” a été signée par le Préfet, son pot de colle sur ses sièges en cuir, c’est bien parce qu’il considère que la justice compte pour du beurre. Cette stratégie est la meme que celle de nos crapules fachistes, qui annoncent déjà vouloir remettre en cause l’Etat de Droit lorsqu’elles arriveront au pouvoir. C’est la même que celle du Jacques Tillier, qui bave sur sur son Facebook sa haine des juges, qui l’ont condamné, lui aussi.
Huguette Bello “notoirement antisémite”, Tillier condamné (encore et encore)
Tillier à la rescousse de ce cartel de voyous, même de gauche n’a rien d’étonnant, en fait : au sein du JIR sévit encore et toujours l’immense Geoffroy Géraud-Legros, qui fut proche d’un certain Maurice Gironcel, qui le défendait corps et âme dans Témoignages il y a des années. Parce que, pour que la fascisation du débat fonctionne, il faut aussi des médias complaisants, qui s’amusent à mettre en cause le travail des journalistes qui font correctement leur boulot. Le JIR, plusieurs fois, s’est permis de remettre en cause le travail de Mediapart sur d’autres sujets, toute honte bue. Tillier, il y a quelques jours, a cru être assez bien informé (apparemment pas) pour balancer les sources du Tangue en public, toujours sur son Facebook (voir ci-dessous). A bien y réfléchir, la justice et certains médias indépendants sont peut-être bien les derniers remparts de la démocratie et à La Réunion aussi ; pas étonnant que nos zinzins de tous poils et de tous bords tentent de lui tordre le bras.
La rédaction du Tangue
Le Tangue a besoin de vous pour vivre.
Notre liberté de ton a un prix.
Cet article est gratuit, mais vous pouvez vous abonner pour lire les autres.
Ou filer un p’tit pourboire. Ou un gros, si vous en avez les moyens, en cliquant là :
Je participe au financement du Tangue

