Olivier Fontaine : “Dans le film sur Furcy, c’est bien, y a de la canne partout”

Le Tangue a (presque) interviewé le président de la Chambre d’agriculture, qui constate une énième mauvaise campagne sucrière. Ne croyez pas pour autant qu’il compte se mettre à planter des patates.

 

Dites, paraît que cette année, la campagne sucrière va être “la pire campagne“. Comme chaque année, en fait, non ?

Non, mais vous saviez, vous, qu’il y avait des cyclones à La Réunion ? Et qu’il y avait désormais, en plus, de la sécheresse ? Le réchauffement climatique, vous avez entendu parler de ça, vous ? Nous, tout ça nous tombe dessus cette année, c’est terrible…

 

Une campagne sucrière catastrophique… comme d’habitude

 

Attendez, vous nous refaites le coup tous les ans. Dès qu’il y a un cyclone, vous semblez le découvrir… Et puis, la sécheresse, c’est pas nouveau non plus…

Mais avec le basculement des eaux, on pouvait quand même espérer faire pousser des cannes dans un des endroits les plus secs de France… Et puis, v’là que y a même plus d’eau dans l’Est. Mais attendez, on va bien trouver un moyen pour faire pousser de la canne au Piton des Neiges, on ne s’avoue pas vaincus. Moi, si je pouvais mettre des carreaux de canne sur tous les toits des immeubles, dans les cours d’école, jusque sur les terrains de foot, je le ferais. Je rêve d’un monde où y a de la canne de partout.

 

Mais à force, y a pas un moment où vous allez vous rendre à l’évidence que cette culture est finie ?

“scronch scronch” (Il parle la bouche pleine) Chcugez-moi, che fini mon goûter.

 

C’est quoi, que vous mangez, là ?

Un pain-canne gratiné. C’est très bon, mais un peu riche.

 

Et donc, l’avenir de la canne ? Vous disiez, lors de votre élection : “Notre combat c’est toujours la filière canne à sucre.

Oh, ben on va faire comme d’hab’ : on va réclamer des aides pour continuer à cultiver un truc qui ne pousse plus chez nous, et puis, pour faire bonne figure, on va aussi proposer de faire pousser des oignons.

 

Et vous allez faire pousser des oignons ? 

Ben non, puisqu’on veut faire pousser de la canne.

 

En vrai, il faudrait pas tout miser sur l’agriculture vivrière ? Lâcher l’affaire sur la canne, et récupérer les aides prévues pour la canne pour faire autre chose ?

Bof, vous savez, nos paysans ils savent pas faire autre chose… Et puis, faut pas compter sur la Chambre pour aider qui que ce soit.

 

La Chambre d’agriculture creuse encore

 

Vous les prenez un peu pour des imbéciles, non ? Il y a bien des filières qui se sont développées avec succès, et récemment, comme les fraises ?

Non, mais le temps qu’ils se forment à faire pousser des patates, ça va être long…

 

C’est sûr que si vous vous y étiez pris plus tôt…

Vous comprenez, quand on bloque les routes avec nos beaux 4×4, c’est pas pour apprendre à cultiver des radis, mais pour qu’on ait des aides. Et on les a. Moi, je suis obligé d’être d’accord, je veux pas me retrouver avec le mec en tracteur qui joue Baby Shark au klaxon devant chez moi.

 

En fin de vie, la canne sucre l’argent public

 

Dans toute l’histoire de l’humanité, la première préoccupation de toutes les civilisations, c’était de se nourrir. Nous, on fait pousser un produit qui ne nourrit pas sa population, et qui est exporté pour les autres. Philosophiquement, y a rien qui vous choque ?

Ce qui me choque, c’est que vous n’aimez pas mon sandwich à la canne à sucre. Vous devriez goûter, c’est très bon.

 

Dans Furcy, né libre, Joseph Lory, le soi-disant propriétaire de Furcy tente de se justifier, à la fin du film, en disant que les esclavagistes réunionnais se sont sali les mains pour satisfaire l’avidité de sucre des Français. Vous n’avez pas l’impression, vous, de soutenir un modèle à bout de souffle économiquement et écologiquement, pour faire plaisir à des lobbys ?

Dans le film sur Furcy, c’est bien, y a de la canne partout. Ils se posaient moins de questions, à l’époque, y avait de la canne, et pis c’est tout. Cette culture de la canne suffisait à tout justifier. Aujourd’hui, tant mieux, y a plus d’esclaves. Mais y a toujours de la canne, elle est plus forte que tout. Plus forte que ces salauds d’écolos, qui voudraient qu’on pollue moins. Plus forte que ces salauds de pauvres, qui aimeraient payer moins cher leur kilo de tomates. Plus forte, même, que les plus grands scientifiques de ce siècle : on est presque arrivés à vous faire croire que la canne allait pouvoir vous fournir de l’électricité pour vos bagnoles !

 

 

Biomasse force vert devant, marron derrière !

 

Donc, en 2026, y aura de nouveau une “campagne catastrophique” ? 

Ah ben oui. Sans aucun doute. On va encore découvrir qu’il y a moins d’eau et des plus gros cyclones. Avec un petit doute, cependant : si jamais y a une guerre avec les Russes, et qu’ils nous isolent comme dans les années quarante avec les nazis, on risque de se faire un peu engueuler, parce que cette fois, y aura vraiment rien à bouffer. 900 000 personnes qui broutent de la canne à sucre pour ne pas crever, ça risque de ne pas aider nos négos avec l’Union européenne…

 

[ARCHIVE] Si y a la guerre, ça se fera sans nous

 

Propos (presque) recueillis par Le Tangue

 

 


Cette interview est une parodie. Tous les propos tenus sont inventés, et toute ressemblance avec la réalité ne saurait être que fortuite.



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