Au Talk, l’extrême-droite sympathoche

Le “TPMP pays” a ricané avec Gaelle Lebon, sans jamais préciser ses idées et son parcours entre Rassemblements national et Réunion.

 

 

Je participe au financement du Tangue 

 

 

Le Talk est en train de remplir au moins un de ses objectifs quand, lors de son lancement, ses créateurs espéraient en faire un “TPMP pays“. Pour les audiences, on n’en sait rien ; pour ce qui est de donner de la visibilité tout en rendant sympathique l’extrême droite, c’est gagné.

Hier soir, c’est donc Gaelle Lebon qui était invitée dans l’émission du JIR, “avec plaisir“, selon l’animateur, entre une chronique sur un influenceur TikTok et l’interview de deux vidéastes humoristiques réunionnais. Gaëlle Lebon ? Candidate du Rassemblement national aux législatives en 2022, qui a créé depuis son parti Rassemblement Réunion. Une militante clairement d’extrême-droite, islamophobe, colonialiste, opposée à un prétendu “wokisme” (sans qu’on sache toujours ce que ça veut dire) et aux références qui laissent peu de doute sur son orientation idéologique.

 

Ca y est, l’extrême-droite locale s’attaque aux musulmans

 

 

 

Hélas, les spectateurs du Talk n’ont pas été informés de tout cela, pendant la vingtaine de minutes où la dame était présente. Mieux : le terme “extrême-droite” n’a même jamais été prononcé pour la qualifier, simplement présentée d’un ton badin comme “à la tête de ce nouveau parti, Rassemblement Réunion“.

Elle a eu droit, pendant son entretien, aux rigolades et blagues classiques des talk shows. Lorsque Gaelle Lebon décide maladroitement de découper, avec ses ciseaux, sa carte de membre du RN, qu’elle a annoncé pourtant avoir quitté depuis des plombes, sur le plateau, ça glousse. Cela donnera même une capsule vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

Pourtant, ce que dit Gaelle Lebon n’a rien de rigolo : elle reproche à la section locale du Rassemblement national de ne pas suivre le programme du RN national, contrairement à elle. Donc de ne pas être assez proche des idées de Marine Le Pen qui dînait il y a quelques jours avec les néonazis de l’AFD. Entre autres joyeusetés.

Elle reproche, en fait, au boss du RN local, Johnny Payet, de “faire campagne avec la Nupes“. Le Tangue l’a assez écrit : c’est l’inverse. C’est bien le LFI Jean-Hugues Ratenon qui cherche la proximité de Johnny Payet, reprenant quelques uns des thèmes du RN, notamment sur l’immigration ou le Covid. Comme nous l’avons encore écrit cette semaine, le ralliement au RN 974 de Jean-Jacques Morel s’est bien constitué sur des accointances idéologiques de longue date : le RN 974 ne reprend pas le programme de la Nupes. C’est bien un des membres de cette dernière qui fricote avec le RN.

 

Objectif Réunion, la pouponnière de l’extrême droite pays

 

Au moins, on sait où on va

 

Mais aucun chroniqueur n’expliquera tout ça, acquiesçant et rigolant aux paroles de madame Lebon. “Je comprends pas très bien, je suis pas spécialiste politique“, concédera une participante. Dommage.

Cette invitation à une émission produite par le JIR est-elle étonnante ? Pas vraiment. Jean-Jacques Morel est le souffre-douleur de Jacques Tillier, le directeur du JIR, depuis des années ; inviter Gaelle Lebon pour taper dessus dans une émission du JIR, c’est donc rendre service au patron.

Mais surtout, ce n’est pas la première fois que le JIR s’entiche de la candidate d’extrême-droite malheureuse aux législatives, auteure malgré tout d’une forte percée il y a deux ans.

 

En cinq ans, l’extrême-droite a doublé son score

 

L’année dernière, le JIR, déjà, offrait une page complète d’interview à madame Lebon, sans jamais, toujours, préciser où se place exactement son mouvement politique. Il continuera ensuite à lui servir la soupe, la qualifiant de “Droite indépendante“, relayant même le moindre de ses communiqués, même les plus allumés.

 

Les relents crasseux du nouveau-né Rassemblement Réunion

 

Hier soir, elle a commencé son intervention en remerciant les animateurs de “la recevoir dans [leurs] locaux. Vous savez qu’en tant que nouveau parti politique, ce n’est pas facile d’avoir la parole dans les médias.” Sauf dans le Groupe JIR, apparemment. Et elle ne s’y est pas trompée : “J’espère que vous pourrez continuer vos activités, que vous aurez tous les financements dont vous aurez besoin.” Le Tangue ne doute vraiment pas que l’extrême-droite espère que le JIR pourra survivre.

 

2023, année de la CNewsation de La Réunion

 

Loïc Chaux