Dialogue de sourds et racisme ordinaire à la Région

Le Tangue s’était promis de ne jamais y retourner, et pourtant : nous venons d’assister à l’assemblée plénière de la Région où, une fois de plus, personne n’écoute personne. Petite nouveauté : la punchline raciste de Joé Bédier en direction de Fabienne Couapel-Sauret. On s’occupe comme on peut.

 

Notre dernière expérience à une assemblée plénière n’avait franchement pas été une réussite. On doit aimer se faire mal, on y est retournés aujourd’hui. Notre visite avait plusieurs raisons : la première, franchement taquine, était d’aller saluer les services de com’, qui nous ignorent royalement le reste de temps, et qui nous a regardés, les yeux ronds : “Mais vous avez pas reçu mon mail ?” Ben non, et ça fait des mois que ça dure.

La deuxième raison avait une portée plus “journalistique” : après avoir révélé les raisons pour lesquelles cette assemblée avait été repoussée d’un mois, ou encore après avoir offert à ses lecteurs en exclusivité les conclusions de la Chambre régionale des comptes sur la continuité territoriale, Le Tangue aurait voulu, certainement comme bon nombre de Réunionnais, connaître les réponses de la Région. Sans surprise, elles ont été simples : tout est de la faute de l’État. L’État qui doit de l’argent à la Région pour le report de date, l’État qui ne joue pas son rôle dans la continuité territoriale pour le rapport de la CRC. Cette assemblée portant sur les orientations budgétaires de 2020, et après avoir relu nos deux enquêtes, n’hésitez pas à lire les compte-rendus de nos confrères sur l’événement du jour, ils sauront, mieux que nous, rendre compte de débats qui nous ont semblé avoir ni queue, ni tête.

Il faudrait, pourtant, pouvoir vous montrer à quel point cette assemblée ne s’écoute pas, cette assemblée où la majorité majorite, où l’opposition oppositionne. Facile, il y a un exemple. Un cas d’école.

 

“Le monsieur te demande…”

 

Il y a un an, en plein épisode des “Gilets jaunes”, la Région avait proposé la création d’un Conseil consultatif citoyen, dont la mise en place avait été rapidement votée. Il s’agissait, pour un groupe de Réunionnais lambda, de donner leur avis aux différentes orientations de la Région. Pour cette assemblée plénière, le CCC a, pour la première fois, rendu un avis, sur les orientations budgétaires, donc. Rien d’extraordinaire.

Lors d’une intervention, Patricia Profil (Le Rassemblement), a cependant fait remarquer que l’opposition aurait aimé en savoir plus : “Les seules informations que nous avons eues nous ont été transmises par voie de presse. Nous regrettons fortement de ne pas avoir été associés. […] Nous aimerions prendre place dans toutes les instances qui relèvent de la Région.” Et là, c’était parti pour une heure de brassage d’air.

Référente à la Région sur le sujet du Conseil citoyen, Juliana M’Doihoma (Réunionnous) faisait mine de ne rien comprendre : “Je suis choquée, profondément face à tant de véhémence contre cet avis du Conseil citoyen.” Suffisait d’écouter, pour pas être choquée : Profil n’a pas remis en cause l’avis du CCC, elle a simplement rappelé que l’opposition aurait bien aimé participer à son organisation. Lorraine Nativel, Huguette Bello et d’autres membres de l’opposition avaient beau, calmement, tenter d’exprimer leur position (qu’on a compris du premier coup, nous) : “Nous aurions aimé être associés à la mise en place de ce CCC. La majorité est en contact, elle siège, mais l’opposition n’est pas représentée.” Sourdingues, les Didier Robert, Fabienne Couapel-Sauret puis re-Juliana M’Doihoma continuaient de marteler que l’opposition avait remis en cause les conclusions du CCC. Une heure, que ça a duré, cette histoire. Une heure de ce que des débats dans une assemblée peuvent montrer de plus ridicule chez les élus.

Enfin, “plus ridicule”… Jusqu’à l’intervention de Joé Bédier (Le Rassemblement). Il avait pourtant bien commencé, Joé : il demandait à la majorité pourquoi les financements de la Région n’arrivaient pas plus souvent dans l’Est. Fabienne Couapel-Sauret avait répliqué sur le sujet des routes, expliquant que la proportion du budget de la Région consacré aux routes de l’Est était supérieur à la proportion du nombre d’habitants. Dans sa réponse, Joé Bédier avait commencé par être marrant : “Mais je ne parle pas que de routes ! Les pauvres, ils ne mangent pas de goudron !” Sauf qu’il n’en est pas resté là. Et qu’à part la victime, apparemment, on a été les seuls à tiquer devant cette phrase qu’on a bien du mal à qualifier autrement que de xénophobe, ou raciste, c’est au choix :

 

Madame Couapel, tout à l’heure vous avez laissé entendre que je suis de mauvaise foi lorsque j’interviens sur le rééquilibrage. Mais vous savez, moi, je suis né dans l’Est. Peut-être que vous venez de l’est de la France, mais des leçons de vous… Sur mon pays, l’Est, je ne veux pas entendre. Ne me répondez pas.

 

Couapel-Sauret aura bien tenté de répliquer : “Ne franchissez pas la limite du racisme, monsieur Bédier (à 3h26′ dans la vidéo ci-dessous).”

On ne pensait vraiment pas l’écrire un jour : Fabienne Couapel-Sauret a été gentille. La limite a été franchie, franchement, largement, et personne n’a tiqué. C’est donc aussi ça, une assemblée plénière. Un truc où on peut vous renvoyer, tranquillou, à votre lieu de naissance.  Ça devient vraiment un lieu sympa, les conseils régionaux.

Loïc Chaux