Miss Réunion sent le carbone

Le bilan carbone de la Miss Réunion sur l’année écoulée est catastrophique. Polluer ? “Un rêve de petite fille“, certainement.

 

Il y a aussi la défense animale et la cause environnementale. À La Réunion on a la chance d’avoir de beaux paysages donc on sait qu’il faut encore plus préserver la nature.” Lorsque Le Figaro, il y a un an, demandait quelles causes Miss Réunion voulait défendre, l’environnement faisait évidemment partie du “package” de la candidate au concours de “beauté” national. L’environnement, avec les enfants défavorisés, la paix et la place des femmes dans la société, c’est un peu le b.a.-ba des “luttes” pour les jeunes femmes désirant se faire appeler “Miss France”. Sauf qu’aucune n’a jamais été attrapée en train de tabasser un bébé, tirer avec une kalashnikov ni insulter Simone de Beauvoir. Pour l’environnement, c’est une autre histoire.

Taquin, Le Tangue s’est amusé à calculer le bilan carbone de Miss Réunion, de sa candidature à l’élection locale à aujourd’hui. Pour faire simple, nous nous sommes cantonnés aux trajets en avion : nous ne nous sommes même pas attardés sur la promotion des marques de voitures, de transports en cars ou des circuits auto partenaires, ni des voyages pour participer aux manifestations en tous genres à La Réunion, ni même des transferts en Europe, entre Paris, Barcelone, Lille ou Amsterdam. Le bilan carbone, déjà catastrophique à partir des éléments que nous avons pu vérifier, est donc en fait bien pire.

Pour suivre les pérégrinations de Morgane Soucramanien, on a vu plus compliqué : il nous a suffi de passer une heure sur son compte Instagram, où l’on n’apprend rien de bien essentiel – ni de très intéressant, d’ailleurs – si ce n’est qu’être “miss”, outre faire du selfie à tout va, ça fait bouffer du kérosène. Beaucoup. Surtout pour une “défenseuse” de l’écologie.

En tout, nous avons donc compté, de début juin 2018 à aujourd’hui, douze voyages en avion. Parmi ceux-ci, des voyages de “préparation” pour les élections locales, puis nationales ; des voyages de promo de La Réunion, notamment lors d’un salon à Paris, un voyage pour l’élection à Lille en décembre, puis d’autres promenades dans les îles voisines, souvent dans le cadre de ses “fonctions”.

Quelques aberrations, là-dedans : d’abord, classique, les voyages de préparation des candidates à l’élection de Miss Réunion qui s’effectuent… hors de La Réunion, surtout histoire de satisfaire le partenaire Air Austral. L’année dernière, c’était Nosy Bé ; cette année, même si elle ne peut plus être candidate, elle a tout de même suivi la fine équipe aux Seychelles.

Mais ce n’est pas le pire. Avant l’élection nationale de décembre 2018, l’ensemble des représentantes des régions étaient invitées à un autre voyage de “préparation”… à l’Île Maurice. Croyez-vous que Morgane Soucramanien allait rejoindre tout le monde là-bas, histoire d’éviter de cramer du pétrole ? Évidemment, non : elle est allée à Paris, puis est redescendue à Maurice.

Pour calculer l’impact que Miss Réunion a eue sur l’environnement, nous avons utilisé deux outils, qui donnent finalement à peu près le même résultat : celui de GoodPlanet, une ONG fondée par Yann Arthus-Bertrand qui vise à diminuer l’empreinte carbone des habitants tout en donnant des solutions propres aux pays pauvres, et celui de ReforestAction, qui s’intéresse plus à la reforestation, comme son nom l’indique. Bilan des courses ? Rien que pour ses voyages en avion liés à sa fonction de gagnante d’un concours de “beauté” régional, Morgane Soucramanien a émis au moins dix-sept tonnes de CO2. Ça ne vous parle pas ? Attendez.

 

Ne reste plus qu’à planter une forêt.

 

En moyenne, un Français émet 480 kg de CO2 par le biais de ses voyages en avion, par an. La Miss, trente-cinq fois plus, donc. De plus, l’émission totale de CO2 par habitant, en moyenne, s’élève à 12 tonnes. Or, rien qu’en voyages en avion, Morgane Soucramanien explose les compteurs, sans même avoir compté les voyages en voiture, la clim, et tout ce qui peut rentrer dans les calculs annuels pour évaluer nos émissions de carbone… GreenPlanet évalue que Miss Réunion a émis “9,53 fois ce que la Terre peut supporter par personne par an pour stopper l’accroissement de l’effet de serre.” Rien qu’en voyages en avion, rappelons-le. Important, la “cause environnementale“, qu’elle disait.

Allez, vous voulez finir sur un sourire ? En juin, Miss Earth Réunion (une sorte de concurrente à Miss Réunion, un autre concours de beauté avec un vernis écolo, cette fois, mais qui se promène autant en avion) s’était mise à planter un arbre avec des copines pour “sensibiliser les jeunes à l’environnement“. Eh bien, si Morgane Soucramanien voulait annuler l’empreinte carbone qu’elle laisse dans l’atmosphère à cause de ses voyages en avion, savez-vous combien elle devrait planter d’arbres ? 485. Une petit forêt. Ça lui occupera ses journées, dès qu’elle aura perdu sa couronne.

Loïc Chaux