500 connards au large des Roches Noires, 500 blaireaux dans leurs bateaux

Marchandiser la nature en mettant des dizaines de bateaux à l’eau autour de bêtes sauvages ? Bonne idée, ça fait des sous, coco. Et tant pis si ça bute deux ou trois tortues et que ça perturbe les baleines.

 

Le tourisme à grande échelle est une plaie. A La Réunion, il pollue, il expulse les classes populaires des logements, il inonde les villes du bord de mer.

 

Le touriste, idiot utile de la campagne

 

Développement économique“, coco. Les emplois, les sousous, t’y comprends rien, dalon. Et puis, les baleines, hein, c’est tellement beau de les voir de près, les baleines. Et le Grand Bleu, hein, comment il va amortir ses gros bateaux, s’il peut pas foncer à toute berzingue sur les cétacés avec les ponts dégueulant de touristes, s’il peut plus les amener au plus près des gros bestiaux, plusieurs fois par jour ? Et les loueurs de bateaux, qui pullulent ?

Le réchauffement climatique, on y est dedans. Ca n’empêche pas des dizaines et des dizaines de bateaux, chaque jour depuis plusieurs mois, de cramer de l’essence en mer pour aller “voir les baleines“. Complétés, depuis quelques années, par les Jackys de Saint-Gilles à fond les ballons sur leurs jet-ski, vroum-vroum direction le souffle, et t’as vu, j’en ai une plus grosse que toi, j’vais vachement vite, et j’fais vachement de bruit. Cerise sur le gâteau, les clubs de plongée, qui ne veulent pas non plus laisser passer le filon, quitte à monnayer les fameuses “mise à l’eau“, pratique qui consiste à aller palmer pour harceler des animaux géants qui n’ont rien demandé, pour en faire des vidéos instagrammables.

 

 

 

Méréva la baleine : “Moi, j’y mets des coups de boule.”

 

 

L’IRT, et les professionnels du tourisme, en ont fait un produit d’appel, que le passage des baleines. Venez voir nos gros animaux, chez nous !

Evidemment, depuis quelques années, la Préfecture a tenté d’établir des règles, censées réglementer l’observation des animaux marins : pas d’engin à moins de 100 mètres, pas d’encerclement… Ca fera marrer le moindre boug’ ayant fait un tour dans l’Ouest ces dernières semaines. Dans la mer, c’est la plus totale anarchie, et le nombre exponentiel d’embarcations mises à l’eau rend impossible la moindre tentative de réglementation du zafèr. Faudrait pas non plus tuer la poule aux oeufs d’or. Deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, qu’il risque, le contrevenant ? Ouais. En vrai, les quelques pimpins qui se sont fait choper ont eu droit à un PV. Brrrr.

 

“Perturbations [qui] peuvent avoir des conséquences à court et long terme”

 

C’est Globice qui le dit, études à l’appui, pourtant : “Le whale-watching, par la nuisance sonore qu’il entraîne et le dérangement répété des animaux observés, perturbe potentiellement l’accomplissement des activités vitales des cétacés. Ces perturbations peuvent avoir des conséquences à court et long terme, à l’échelle individuelle ainsi qu’à l’échelle des populations concernées.” Voilà : monter dans un bateau pour aller voir des baleines, ça vous fait bien plaisir, mais ça perturbe lesdites baleines. Qui ne “dansent” pas, comme on peut le croire, mais qui, au contraire, montrent leur agacement et une réaction face à un sentiment de danger (voir ici cette excellente vidéo d’Imaz Press qui explique tout). Vous les emmerdez. De plus en plus, parce que le trafic maritime à La Réunion, petits et gros bateaux confondus, a explosé ces dernières années. La nuisance des paquebots ne suffisait sans doute pas.

Et si y’avait que les baleines… Les tortues, elles, se font carrément découper par les bateaux. C’est leur première cause de mortalité, paraît-il. Obtenir une photo de baleine vaut sans doute bien ce sacrifice, une tortue, c’est moche.

Toute cette histoire ne serait pas aussi aberrante si, en plus, l’observation des baleines pouvait s’effectuer… du bord. Si vous trouvez que la barrière de corail est trop lointaine, sachez que des baleines, vous pouvez en voir jusque dans l’Est. Le marmay à côté de nous, au Barachois dimanche, avait l’air tout aussi heureux de voir ces baleines que s’il avait été dans son bateau qui fait du bruit et qui pue. Mais là, c’est comme le Tour de France, c’est gratuit. Pas bon pour le business, ça coco.

La rédaction du Tangue

 

Précision : y aura sûrement un gros malin, dans les commentaires, qui viendra dire : “Gneugneugneu, si on les embêtait tant que ça, elles viendraient plus“. Bien vu, Jean-Michel Biologiste. Sauf que ni toi, ni nous, ni personne, ne savons exactement pourquoi elles viennent à La Réunion, les baleines, le parcours des migrations semblant plus probablement motivé par la disponibilité de nourriture.

 

Complément, le 24/08 à 13H30 : comme nous l’a fait remarquer un lecteur, d’autres études existent encore sur le sujet, produites par le Centre d’étude et de découverte des tortues marines. “Recommandations pour un tourisme durable basé sur les cétacés dans les territoires français“, une autre surles activités de nage sur les baleines à bosseet une “Évaluation des perturbations créées par l’observation des baleines à la Réunion“. Ces études (en anglais), confirment ce que nous racontons dans cet édito.

 

 


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