Le boss de Burger King tout colère contre Le Tangue

Philippe Lariche, patron de Burger King à La Réunion, a déposé une plainte pour “diffamation et injures publiques” suite à la parution, le 19 mars, d’une “Interview presque vraie” dans laquelle Le Tangue se moquait de son communiqué lunaire paru dans d’autres médias. Il s’agit, pour nous, d’une atteinte au droit à la caricature. 

 

Cela fait quelques semaines que le commissariat de Malartic nous passe des coups de fil pour obtenir nos coordonnées, suite à une plainte déposée le 10 juin. Apparemment, la police n’avait pas réussi à cliquer sur la partie “Mentions légales” du Tangue, on a donc été gentils, et les avons renseignés. Tout ce qu’on nous a expliqué, alors, c’est qu’il s’agissait d’une plainte en diffamation, déposée par Philippe Lariche, le patron de Burger King à La Réunion, et qui concernait un article paru le 19 mars. On a vite compris.

Avant toute chose, nous vous conseillons de relire le fameux papier. Régalez-vous.

Aujourd’hui, le directeur de publication du Tangue – moi, l’auteur de ces lignes – a donc reçu à son domicile, par courrier recommandé, un “avis préalable à une mise en examen en matière de délits de diffamation et injures publiques“. Je vais donc être, prochainement, mis en examen, ce qui est habituel dans le cadre de ce genre de procédures.

Cette plainte, avec constitution de partie civile de Philippe Lariche et de sa société Fast food océan Indien (S2FOI) qui gère la marque Burger King à La Réunion, nous a franchement surpris. Les passages qui gênent Lariche sont ainsi détaillés : 

 

Je suis sûr que Mac Do met de la viande de Juif dans ses Big Mac ! Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Nazis faisaient du savon avec les Juifs. Je suis sûr que maintenant, Mac Do en fait des burgers !

(La citation a été recopiée avec des erreurs, au passage, NdT)

 

“Nazis”

 

“Faudrait que je me renseigne, voir si mon pépé mort à Buchenwald serait en fait pas tombé d’un mirador.”

 

 

Relisez notre article, encore une fois.

Le 19 mars, La Réunion est confinée depuis quelques jours. Alors que les restaurants réunionnais tentent de trouver des solutions pour s’adapter, Philippe Lariche publie un communiqué d’une page complète dans le JIR pour taper sur le concurrent Mac Do. Le voici : 

 

 

De nombreux lecteurs nous font part de leur étonnement face au ton du communiqué, de l’appel aux résistants, à la Seconde guerre mondiale, des sous entendus sur la Shoah et de l’évocation d’un camp de concentration. Le Tangue, comme beaucoup de Réunionnais, aurait pu s’insurger. Mac Do aussi, d’ailleurs, qui se fait traiter de “collabos” sans broncher, alors qu’une plainte en diffamation contre Lariche aurait eu toutes les chances d’aboutir. Souvenez-vous, en 2013, Huguette Bello avait gagné son procès contre Témoignages, qui l’avait comparée aux “collaborateurs des nazis qui, dans la France occupée de 1940 à 1945, dénonçaient les résistants et les juifs.”

Mais face à l’outrance de la chose, nous avons préféré écrire un article (à lire ici) dans notre rubrique “L’Interview presque vraie”, utilisant les mêmes références, avec cette illustration : 

 

 

Quel meilleur exemple, en effet, que ce communiqué de Lariche pour expliquer ce qu’est le point Godwin ? Les mecs, c’est quand même juste des vendeurs de frites…

C’est donc certains passages de cet article qui ont provoqué le courroux du boss de Burger King.

Cette rubrique, nous ne l’avons pas inventée, nous ne sommes pas si malins : nous avons piqué l’idée au Canard Enchaîné, qui fait cela depuis des plombes. Pour rappel, la couv’ du Canard du 13 janvier (avec sa fausse interview de Marine Le Pen) :

 

 

 

Et justement, revenons-en au Tangue. Avant toute chose, ouvrons les yeux, et apprenons à lire : 

 

 

 

 

 

 

 

Pour faire simple : Philippe Lariche porte plainte contre un journal satirique qui fait de la satire dans une rubrique clairement annoncée comme satirique. Burger King a quand même plus d’humour dans ses pubs que dans la vraie vie.

Et si monsieur Lariche convoque son pépé résistant dans son communiqué du 19 mars, Le Tangue pourrait très bien, aujourd’hui, évoquer Charlie Hebdo et les caricatures de Mahomet. On n’ira pas jusque là : nous nous cantonnerons à défendre notre droit à la satire, à l’humour, au moukatage, surtout envers les personnages les plus intouchables de La Réunion.

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Philippe Lariche, comme le Groupe Bernard Hayot ou nombre de politiques, abreuvent la plupart de nos confrères de publicité ; ceux-ci hésitent, et Le Tangue le comprend, à émettre des critiques envers un annonceur qui les finance. Les pubs pour Burger King sont quasiment partout, sur les murs réunionnais, dans les boîtes aux lettres réunionnaises, dans les journaux réunionnais, sur les sites d’information réunionnais, sur les télés réunionnaises. A La Réunion, la marque est intouchable.

Pas chez nous. Comme Le Tangue, par son indépendance, ne peut subir aucune pression économique de la part d’annonceurs, nous nous attendions à voir les personnes évoquées dans nos articles actionner le levier de la justice, pour des procédures en diffamation très coûteuses pour un petit média comme le nôtre. On y est.

Cela n’entamera en rien, vous vous en doutez bien, notre volonté de tenir à bout de bras un média réunionnais différent et indépendant, sans lien avec aucun décideur local, qui se moque (surtout) des puissants. On a créé Le Tangue pour ça, et puisque ç’a l’air de marcher, on risque de continuer encore un peu. 

Abonnez-vous.

Loïc Chaux

 

Précision le 26/02/2020 à 15h45 : Le directeur de publication du Tangue vient d’apprendre sa mise en examen pour avoir “mis en ligne […] des écrits comportant une expression outrageante, un terme de mépris ou invective“. Le Tangue aurait donc “injurié publiquement Philippe Lariche et la SARL S2FOI“. L’information s’achèvera au plus tard dans 2 mois.