Les Outre-mer ? Connais pas.

Des programmes aux listes, en passant par les clips de campagne, la France de l’Outre-mer est quasiment absente des élections européennes. Et encore : heureusement que la fusée Ariane décolle de Guyane.


Le Tangue est pour l’instant gratuit pour vous, mais pas pour nous. Vous pouvez nous aider tout de suite en nous soutenant ici.


 

La disparition de Stéphane Bijoux de la photo de couverture du programme de la liste Renaissance (soutenue par La République En Marche) n’était peut-être pas si anodine que cela. Depuis le début de la campagne officielle des élections européennes (les 25 et 26 mai, pour ceux que ça intéresse), l’Outre-mer n’existe pas. Ou presque.

Il faut dire que, politiquement, les cousins des îles ont grandement perdu de leur intérêt depuis les dernières élections, en 2014. Il y a cinq ans, en effet, la France avait été divisée en “régions” géographiques, où chaque parti présentait une liste différente ; l’Outre-mer était ainsi assuré d’obtenir trois députés européens, un issu du Pacifique, un autre de l’Atlantique, et un de l’océan Indien. Cette année, le pays entier vote pour une liste commune, plus personne n’est donc obligé de trouver une place éligible aux représentants de l’Outre-mer. Victorin Lurel s’en était d’ailleurs ému au Sénat : “Les Outre-mer qui disposent de 3 sièges au Parlement Européen aujourd’hui (1 siège par bassin océanique) ont été totalement oubliés dans cette réforme et seront condamnés à faire la quémande de place éligibles aux grandes listes nationales avec peu de chances de succès.”

Bien vu, Victorin : le Tangue a passé des heures à éplucher le matériel de campagne des différentes listes candidates, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Outre-mer – sans qui l’Europe n’aurait pas, loin de là, la plus grande Zone économique exclusive du monde – sont quasiment invisibles du scrutin. 

 

Psychodrame et bouche-trous

 

Parmi les candidats éligibles, de plus, on retrouve une majorité de Réunionnais. Non pas qu’ici, on soit plus compétents qu’ailleurs ; mais comme nous sommes le département d’Outre-mer le plus peuplé nous avons, encore, un intérêt politique certain. Younouss Omarjee (Insoumis, 4e) est ainsi assez bien parti pour être réélu ; Stéphane Bijoux (Renaissance, 10e) devrait y arriver. Ce sera plus compliqué pour Julie Pontalba (PCF, 6e). Chez nos collègues ultramarins, une seule candidate semble pouvoir obtenir un siège, la Guadeloupéenne Maxette Pirbakas-Grisoni, douzième sur la liste du Rassemblement national, au prix d’un psychodrame que seul l’ancien FN peut nous offrir : l’ancienne titulaire de la place, elle aussi guadeloupéenne,  Christiane Delannay-Clara, s’était fait gauler en train de mentir sur un prétendu passé d’élue à Créteil. Virée, Christiane ! Bienvenue, Maxette ! Dans les autres listes, on retrouve certes des ultramarins, mais ils sont surtout là pour combler les trous. Comme, d’ailleurs, beaucoup de candidats situés dans les dernières positions : Josette Brosse n’en fait d’ailleurs aucun secret.

Ça, c’est donc pour l’aspect cosmétique. Mais sur le fond ? Rien. Seul programme à réserver une vraie place aux Outre-mer, celui de la France Insoumise, qui y consacre un paragraphe entier dans lequel il est question de “Faire des Outre-mer la pointe avancée du progrès humain” et les évoque notamment lorsqu’il parle de biodiversité. Les Républicains parlent aussi un peu de nous, nous ressortant le classique “Les Outre-mer sont une richesse pour la France“. Ailleurs ? Quasiment rien. Les Patriotes se cantonnent à rappeler que nous permettons à la France d’être “présente sur toutes les mers“, LREM veut “Passer de 4 à 30% de zones marines européennes protégées par Natura 2000, en priorité dans les Outre-mer“, et c’est tout.

Eh ben à Mayotte, ils vont bien se sentir concernés, tiens. (source)

Enfin, pour les amateurs de cinéma, le Festival de Cannes, c’est tout pourri : il y a les clips de campagne. Et là encore, la visibilité des couillons que nous sommes est réduite à la portion congrue. Pour les Patriotes de Philippot, d’ailleurs, c’est clair : la phrase “Nous sommes la France” est illustrée d’un clocher dans une campagne verdoyante, ce qui a clairement le don de nous inclure dans sa petite vision. 

Y a toujours personne, aux Insoumis, pour dire à Omarjee que la cravate, ça fait un peu bourgeois ? (source)

Si les Insoumis font apparaître dans leur clip, évidemment, Younouss Omarjee, encore une fois sapé comme s’il allait à un mariage, Le Tangue a aussi noté la présence, dans le clip de Génération.s où plusieurs portraits représentant la liberté aux yeux du parti de Benoît Hamon sont diffusés, de Toussaint-Louverture, de la Mulâtresse Solitude et… d’une baleine. On fait avec ce qu’on a. 

La meilleure performance, cependant, dans la catégorie “décors”, revient à Nicolas Dupont-Aignan. Non content de commencer son clip avec un vibrant “Mes chers compatriotes de Métropole et d’Outre-mer“, il apparaît se promenant dans un champ de cannes, une vidéo sans doute capturée lors de sa visite à La Réunion en février.

Mais le panorama ne serait pas complet si on ne parlait pas d’une des stars des programmes, et de son lien avec les Outre-mer, la fusée Ariane. Elle apparaît comme une réussite européenne pour beaucoup de partis, notamment dans le clip de l’UDI ou de Debout La France… Il est bien dommage que jamais personne ne précise qu’elle décolle de Guyane. Peut-être que Kourou, ça fait pas très “Europe”.

Loïc Chaux

 

Lorsque l’UDI veut illustrer l’Europe, elle en oublie les trois quarts. (les flèches ont été rajoutées par nous-mêmes)