Mayotte et la Suisse, même combat !

L’île Hippocampe a pu s’exprimer devant l’Assemblée parlementaire de la francophonie par la voix de son député LR Mansour Kamardine. Et ce alors que Mayotte n’en est pas membre…

 

Allez, pour une fois, on va vous parler de la Suisse sans emmerder ce pauvre Poudroux (d’ailleurs, elle en est où, sa carrière à Sans-Souci ?) ni la famille Narsy. Pas de SwissLeaks en vue. Le pays du Lac Léman et de Stephan Eicher, c’est aussi, en dehors des banques et des rues si propres qu’on pourrait y bouffer par terre, le fromage et la francophonie. Mi-novembre, l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) en Suisse a d’ailleurs organisé un sommet consacré au sujet. La francophonie, pas le fromage. Et qui a été mis à l’honneur ? Mayotte, selon Mayotte 1ere, qui rapporte l’événement avec quelques citations de Mansour Kamardine, député LR, avocat à ses heures perdues quand il ne traîne pas dans les salons du Palais Bourbon.

À la chaîne publique, Mansour a déclaré : “Trop longtemps, nous avons laissé les Comores s’exprimer devant les Nations du monde. Ce temps-là est révolu. Désormais nous faisons entendre la voix des Mahorais sur la scène internationale.” D’abord, c’est peut-être parce que la francophonie représente traditionnellement l’ensemble des pays parlant le français. Jusqu’à preuve du contraire, les Comores pouvaient rentrer dans cette catégorie ; pas Mayotte.

Il a un peu oublié que Mayotte était un département français – il l’a pourtant voulu, ce drapeau bleu, blanc, rouge – que la langue y est logiquement le français et que cette participation à cette assemblée à des relents de colonialisme. Imaginerait-on la Corrèze défendre la francophonie et la voix des Corréziens sur la scène internationale ? Pourquoi pas les axonais ? Le français parlé dans l’Aisne mérite d’être défendu. Et La Réunion bordel ? 

Chez l’APF – ne pas confondre avec l’Association des paralysés de France – d’ailleurs, Mayotte n’est pas officiellement membres. L’organisation en compte cinquante-cinq, dont les Comores, sans distinction faite entre Mayotte et leurs “amis” des îles voisines. Dans l’océan Indien, Maurice, les Seychelles et Madagascar complètent cette liste. 

 

Quand Mansour change l’Histoire…

 

Et si le but de Mansour est de faire reconnaître Mayotte à l’international, il a du boulot : les Nations unies n’ont jamais accepté l’occupation de Mayotte par la France. Le député a pourtant développé ses arguments pour défendre la présence de Mayotte à cette assemblée, en se référant au “principe onusien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.” 

Il parle ainsi du référendum du 23 décembre 1974 organisé par la France sur l’indépendance des Comores. Le résultat avait été implacable : 96 % pour l’indépendance. Toutes les îles des Comores étaient décidées à quitter la France. Toutes ? Une île d’irréductibles avait toutefois voté à l’inverse. La marine française avait alors foutu un peu la pression à Giscard pour conserver cette position stratégique dans le canal du Mozambique. En 1976, un second référendum à Mayotte avait scellé la rupture avec les trois autres îles de l’archipel et ceci en contradiction totale avec le droit international sur “l’indivisibilité des entités coloniales.” 

Mais Mansour, ça, ça lui en touche une sans faire bouger l’autre. Il parle ainsi de “Quarante-trois ans de combat dont on sait qu’il sera victorieux.” Kamardine sera donc prochainement l’invité d’honneur du forum international de la méthode Coué. 

Pierre Adrien