PMU, FDJ… Impôts déguisés sur les pauvres

Alors que la Française des Jeux essaie de nous inciter à acheter ses actions dans le cadre de sa privatisation, l’Observatoire des inégalités rappelle que les jeux de hasard touchent en priorité les Français les plus pauvres. La Réunion, un des départements français les plus enclins à miser, est particulièrement touchée.

 

Imaginez un peu : vous ouvrez votre journal préféré et, à l’intérieur, quatre ou cinq pages sont exclusivement consacrées à la vente de clopes. Ou encore, pour Noël, vous offrez à votre petite nièce un coffret contenant une vingtaine de binouzes différentes. Ou bien, chaque soir, à la télé, une présentatrice vous expose des petits paquets de coke. Imaginez, encore, Pablo Escobar vous proposer, en achetant des pubs, d’acheter des actions dans son cartel. Fou ?

Chaque jour, nos canards locaux contiennent plusieurs pages consacrées aux PMU ; à Noël, offrir aux enfants une enveloppe contenant des jeux de grattage est commun ; le tirage du loto passe à la télé et la Française des Jeux se paie des spots publicitaires pour vous proposer d’en devenir actionnaire, dans le cadre de sa privatisation. Le rapport entre les deux ? Les jeux d’argent provoquent, dans certains cas, addictions, désociabilisation, surendettement voire, plus rarement, des comportements illégaux (vols, abus de confiance, etc.).Comme pour celle aux drogues, l’OMS considère d’ailleurs l’addiction aux jeux d’argent comme une maladie.

Il y a quelques jours, et alors que la FDJ est au taquet pour nous vendre des actions – pour continuer à jouer, sans doute, en bourse, cette fois-ci – la problématique des jeux de hasard a été posée non pas sous son aspect sanitaire, mais bien social : le vent mauvais est venu de l’Observatoire des inégalités. Dans une analyse parue la 14 novembre, il considère en effet les jeux d’argent comme “un impôt régressif” : plus vous êtes pauvres, plus cela vous coûte cher (à opposer à un impôt progressif comme l’impôt sur le revenu, où plus on est riche, plus on paie cher. En théorie).

On apprend notamment que “jouer régulièrement distingue nettement les joueurs selon leur catégorie socio-économique : parmi les joueurs actifs – ayant joué au moins 52 fois et/ou au moins 500 euros sur 12 mois – environ neuf personnes sur dix ont, au mieux, le baccalauréat. Les joueurs issus des foyers les plus pauvres consacrent aux jeux d’argent un pourcentage de leur budget deux fois et demi plus élevé que les autres foyers. Ils ont un plus grand risque de développer une addiction. Près de 60 % des joueurs à risque ou pathologiques ont des revenus mensuels nets inférieurs à 1 100 euros et la quasi-totalité a au mieux un niveau d’études équivalent au baccalauréat.” Les jeux d’argent sont donc, bel et bien, un impôt sur les plus pauvres ; il est d’ailleurs amusant de remarquer que les recettes fiscales issues des jeux dépassaient, en 2015 celles… de l’ISF. Souvent, le jeu est vu comme le moyen – à tort, c’est toujours la FDJ ou le PMU qui gagne à la fin – de se sortir des ennuis financiers : “Entre 2010 et 2014, en pleine crise économique, le nombre de personnes ayant joué en moyenne au moins une fois par semaine a augmenté de 40 %.”

 

La Réunion, un des départements les plus pauvres, un de ceux qui mise le plus.

 

Pourquoi on vous parle de tout cela ? Car Le Tangue, qui n’aime pas les jeux d’argent, s’est procuré depuis quelques jours tout un tas de documents prouvant l’ampleur du fléau à La Réunion. L’Observatoire des Jeux, par exemple, nous apprend qu’en 2016, l’argent misé à La Réunion par habitant dépassait de 10 à 25% la moyenne nationale au loto ; de plus de 25% au PMU, aux casinos et aux jeux de grattage. Au final, La Réunion est un des départements français dont la moyenne par habitant est la plus élevée, alors qu’il est un de ceux les plus touchés par la pauvreté.

Mais ça, les vendeurs de rêve l’ont bien compris : La Réunion fait partie des cinq départements français comportant la plus forte densité de points de vente de PMU. En début d’année, la FDJ fanfaronnait sur des recettes de “185,9 millions d’euros en 2018, en progression de 2,4% par rapport à 2017″ et une recette totale, tous jeux confondus, de 334 millions d’euros en 2018. Une mine d’or, que ces pauvres, on vous dit.

Le problème, encore un, est que les vendeurs de rêves ont vu la libéralisation des paris sportifs leur mordre un peu les mollets. Ils ont donc décidé de partir à la conquête de nouveaux pigeo… clients, notamment les plus jeunes, bien que les jeux d’argent soient théoriquement interdits aux mineurs. Pour la FDJ, par exemple, l’État, actionnaire majoritaire, pouvait encore veiller au grain. Sauf que dès demain, et son entrée en bourse, la FDJ deviendra privée, l’État devenant minoritaire, la FDJ pourra sortir encore plus de gratte-gratte, de lotos, de machins à gagner, le tout avec des pubs encore plus incisives, histoire d’augmenter encore ses bénéfices.

Or, comme nous l’avons dit plus haut, La Réunion est un territoire très sensible, à ce sujet. En 2011, la Fédération régionale d’addictologie relevait déjà : “Sur le plan médical, 1-3 % de la population adulte souffrirait de jeu pathologique : c’est-à dire seraient victimes des conséquences du jeu à un ou plusieurs niveaux : dettes, difficultés professionnelles, troubles familiaux, troubles psychiques (dépression et suicide, anxiété), addictions associées (alcool, tabac, etc.)” Les Réunionnais ne sont donc pas seulement rackettés par le PMU, la Française des Jeux et tous les autres faiseurs de miracles ; ils en sont aussi malades.

Loïc Chaux