En haute mer, les requins pélagiques prennent cher

Le Tangue a pu se procurer une étude parue dans la prestigieuse revue scientifique Nature, où l’on apprend que les requins pélagiques ont de moins en moins d’endroits pour se réfugier de la pêche intensive. Même la haute mer n’est plus un lieu sûr ; et l’océan Indien n’est pas préservé. Quant au bouledogue, c’est celui qui a le plus à craindre.

 

À ce train-là, des gros requins, il n’y en aura plus. De toutes façons, un bon requin, c’est un requin mort, alors, on aura la paix, on pourra se baigner partout où on veut, y aura encore plus de touristes, plus d’hôtels, plus d’avions, plus de voitures, plus de pollution, ça finira parfaitement le travail qu’on a commencé. Impeccable.

La dernière publication de Nature sur le sujet le confirme : les requins pélagiques ou semi-pélagiques paient un très lourd tribut à la pêche en haute-mer, puisqu’un requin pêché dans le monde sur deux en est un. 

Or, ceux-ci sont, déjà, les plus mal en point : selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les deux tiers sont en voie de disparition ou vulnérables, un quart est quasi-menacé. On est sur la bonne voie, qu’on vous dit.

L’étude de Nature, résultat du travail d’une centaine de scientifiques dans le monde entier (disponible ici, lien payant et en anglais) dont faisait partie le Français Éric Clua dont nous avons déjà parlé du travail, visait à observer les “chevauchements” entre les zones de vie des requins pélagiques et les zones de pêche en haute mer, c’est-à-dire les eaux internationales, hors Zones économiques exclusives. Elle a, de plus, tenté d’étudier les espèces de requins débarquées et vendues dans les ports, à l’aide de différentes publications précédentes. Il en ressort que la plupart des requins pélagiques souffrent directement de la pêche en haute mer, qu’elles soient pêchées volontairement ou de manière accessoire.

 

Le bouledogue, tranquille nulle part.

 

Le scientifiques ont en fait croisé plusieurs données, afin de tirer leurs sympathiques conclusions : ils ont mis des balises sur deux mille requins pélagiques ou semi-pélagiques d’espèces différentes (taupe, tigre, baleine, blanc…), les ont observés se promener via satellite, puis ont confronté leurs données avec les mouvements des navires de pêche contrôlés au niveau mondial par le système d’identification automatique (AIS), mis au point afin d’éviter les collisions entre bateaux. Ils ont découvert alors que, dans la plupart des zones de pêche du monde, les deux cartes se superposaient, et pour une raison simple : la concentration des requins est plus élevée dans les lieux où ils ont plus de chances de trouver de la nourriture, à savoir certains poissons pélagiques… justement très recherchés par les pêcheurs pour leur haute valeur marchande. Dans ces cas-là, les palangriers font un carnage ; il attrapent tout, requins pélagiques compris.

Dans notre coin, c’est l’est de l’Afrique du Sud qui est le plus exposé, et le canal du Mozambique. Le requin bouledogue est d’ailleurs, à l’échelle mondiale, le requin le plus concerné : 94% de son habitat est occupé par les campagnes de pêche ! Rien d’étonnant, comme le révèlent les auteurs, qui ont vu leurs hypothèses se confirmer : une étude sur les espèces de requins vendues sur les étals des marchés à Hongkong de 2017 montrait déjà une forte présence de requins bouledogues dans les prises des bateaux chinois. Bateaux chinois qui, au passage, ne sont certainement pas étrangers à ce massacre au niveau mondial. Même par chez nous.

Du coup, ces scientifiques rabat-joie proposent des choses ennuyeuses. Du genre “rendre compte plus précisément des données de capture” afin de faire respecter “des interdictions de prises, des quotas“. “Bien qu’il soit difficile d’élaborer un traité légalement contraignant pour la gestion de la faune en haute mer, la technologie en plein essor propose désormais d’autres options valables pour un changement radical dans la gestion des océans.” Veulent protéger les requins, les mecs. Rabat-joie, qu’on vous dit.

Loïc Chaux

 

Désolés : on a rarement vu aussi mauvais photomontage, mais ça nous a fait marrer.