La pêche miraculeuse n’a toujours pas eu lieu

Après l’attaque qui a coûté la vie, la semaine dernière, à un surfeur à Saint-Leu, la traditionnelle “procédure post-attaque” a permis de pêcher un requin, un barracuda et une carangue en 72h. Mais toujours personne ne s’intéresse à la réelle utilité du bidule.

 

La semaine dernière, un jeune homme qui faisait du surf à Saint-Leu s’est fait attaquer par un requin, il en est mort. Désormais, le scénario est connu : ça fait la une des médias, les finauds écrivent des commentaires débiles, les neuf cent mille experts réunionnais donnent leur avis, et le préfet, il fait quoi, le préfet ? Il lance le “dispositif post-attaques“. Pour rappel, comme nous l’expliquait récemment le Centre de ressources et d’appui pour la réduction du risque requin (CRA), il s’agit de “sécuriser la zone“, dans un espace d’”1 mile nautique autour du lieu l’attaque.” Et, avec un peu de bol, de trouver le requin fautif. 

Cette fois-ci, le CRA a disposé cinq palangres verticales à alerte de capture (PAVAC) et des palangres horizontales de fond (PHF) aux environs de l’attaque. Résultat des courses ? Un requin bouledogue pêché (au CRA, on dit “prélevé”), ainsi qu’une carangue et un barracuda qui ont, eux, été ensuite relâchés. Oui, c’est tout : en trois jours de pêche, trois poiscailles. 

 

Le requin pêché n’y est sans doute pour rien.

 

Si le requin pêché avait toutes les caractéristiques du fautif (notamment la taille), il s’avère qu’en fait, il y a de plus fortes chances qu’il n’y soit pour rien : “Le requin pêché le 11 mai 2019 correspond à la description de l’animal potentiellement impliqué dans l’attaque et décrit dans le rapport d’expertise du médecin légiste après analyse du corps de la victime (requin bouledogue d’une taille de 2.50m). Après dissection de l’animal, l’analyse de son contenu stomacal n’a rien révélé“, nous apprend le rapport du CRA.

Voilà donc un nouveau “dispositif post-attaques” inutile. Il y a quelques mois, après l’attaque du pêcheur de bichiques dans l’Est, le CRA nous avait expliqué que l’opération avait coûté plus de trois mille euros, pour la capture d’un seul requin tigre – le pêcheur ayant été attaqué par un bouledogue. Cette fois, ils n’ont pas répondu à nos questions, mais on peut imaginer qu’il s’agit peu ou prou de la même somme. De l’argent qui continue, donc, à être jeté par les fenêtres, et qui ne résout absolument rien : ce dispositif est déployé après chaque attaque depuis 2013, et il n’a encore jamais réussi à démontrer son utilité. Mais ça va, c’est l’État qui paie.

Loïc Chaux