Pour l’hibiscus, le tuit-tuit et le pétrel, ça commence à sentir mauvais

La liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a été réactualisée il y a peu. L’occasion pour nous de commencer à dire adieu à certaines espèces présentes dans nos contrées.

 

Les excellentes nouvelles se suivent et se ressemblent. On a donc eu un rapport du Giec, nous expliquant que nos modes d’alimentation avaient légèrement tendance à bousiller notre environnement, épuisant les ressources et favorisant les émissions de gaz à effets de serre ; après celui de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) nous expliquant que la biodiversité subit “un déclin sans précédent dans l’histoire humaine” à cause des modes de vie occidentaux, voilà donc que l’UICN vient de publier une réactualisation de sa Liste Rouge qui, elle aussi, annonce des lendemains chantants : désormais, ce sont plus de 100 000 espèces qui sont menacées, 9000 de plus que lors de la dernière publication. Cerise sur le gâteau : un tiers d’entre elles sont considérées comme en “danger critique d’extinction” c’est-à-dire, selon la définition de l’UICN, qu’elles ont perdu au moins 80% de leur population en dix ans, qu’elles vivent sur un territoire restreint et qui diminue encore, et qu’il n’y a plus assez de représentants pour assurer la survie de l’espèce.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la Liste Rouge n’apporte pas que des mauvaises nouvelles. Ses mises à jour peuvent, parfois, donner lieu à un sourire : par exemple, l’UICN a encore remarqué que les populations de baleines à bosses étaient en augmentation (surtout depuis qu’un moratoire a empêché de les pêcher, en fait), les sortant du coup des espèces en danger. Mais rêvez pas : c’est très rare.

 

Le problème, l’urbanisation. La Réunion aime ça.

 

À La Réunion, dix-sept espèces sont en danger critique d’extinction. Et encore : la réalité pourrait être bien pire, lorsque l’on jette un coup d’œil aux conclusions de l’Observatoire de la biodiversité, en France, donc nous vous avions déjà parlé ici, et qui concédait qu’en plus, on connaissait bien peu notre environnement.

Pour l’UICN, donc, il va falloir nous préparer à dire adieu à quelques espèces emblématiques de La Réunion. Le pétrel de Bourbon, le bois de poivre, l’hibiscus fragilis ou le tuit-tuit en font partie. Et on ne parle que des plus connus : criquets, ficus, tous son non seulement classés comme les espèces les plus menacées, mais toutes, en plus, voient leurs effectifs diminuer, ainsi que leurs espaces habitables se réduire.

Dans un rapport de la Deal que nous nous sommes procuré, nous apprenons qu’à La Réunion, “L’urbanisation “grignote” chaque année 500 ha supplémentaires. La tache urbaine croît de 20% tous les dix ans en touchant principalement les zones agricoles et naturelles.” Cette “urbanisation“, c’est justement une des causes principales avancées par l’UICN et l’IPBES quand il s’agit d’expliquer les extinctions d’espèces. Or, La Réunion continue de s’étaler à l’intérieur de ses terres, bouffant sur les espaces naturels, et on ne parle même pas que des carrières. Alors, on fait un gros bisou aux tuit-tuits, et on leur dit “Adieu“.

Loïc Chaux

 

Au pire, des tuit-tuits, on pourra toujours en voir au Museum… (source)