Corruption à Bourbon ? Allons donc !

 

Hayot, Hayot… Y a pas de raison, hein : on en parle pas mal, du béké antillais, ces derniers temps, mais il n’y a pas de raison : chez nous aussi, on a aussi notre richissime héritier d’une famille qui a fait sa fortune grâce à l’esclava… pardon, à la canne à sucre. Il est pas bien, non, notre Jacques de Chateauvieux, quasi miliardaire en 2013, membre de la secte élitiste de l’Opus Déi, plus gros propriétaire terrien de La Réunion ?

Parlons-en, justement : Médiapart a fait paraître, une enquête concernant une des sociétés de Jacques, Bourbon. Ça n’allait déjà pas fort : elle avait été placée en redressement judiciaire en août, ses créanciers commençant à se faire un peu pressants pour récupérer leurs billes ; la dette du groupe avait alors été évaluée à 2,7 milliards. Oui, chez ces gens-là, on compte les dettes en milliards…

Cette fois, c’est sur le terrain judiciaire, que ça couine un peu. Selon nos confrères, Bourbon a été renvoyé le 16 juillet, en tant que personne morale, devant le tribunal correctionnel de Marseille pour “corruption d’agents publics étrangers”. En fait, la justice soupçonne le groupe d’avoir filé des sous à des hauts fonctionnaires du Nigeria, du Cameroun et de la Guinée-Équatoriale pour que ces pays-là s’assoient sur les millions d’euros d’impôts que Bourbon leur devait entre 2007 et 2012. Montant de l’ardoise ? Environ 200 millions d’euros. Plusieurs dirigeants seraient directement dans le collimateur, pour des faits de “corruption” et de “complicité“. Ces éléments auraient été qualifiés de “farfelus” par lesdits cadres.

Détail rigolo ? Médiapart révèle que, parmi les administrateurs de Bourbon entre 2009 et 2018, on trouvait une certaine Agnès Pannier-Runacher, aujourd’hui secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie Bruno Le Maire, payée à l’époque à coups de jetons de présence de 45 000 euros bruts. Elle affirme n’avoir rien vu, ni rien entendu. Ce qui étonne un ancien fiscaliste de Bourbon, attrapé en 2012 avec une valise pleine de cash (250 000 dollars) alors qu’il rentrait du Nigeria. Il est depuis passé à table : il parle d'”un système organisé visant à payer le moins d’impôts possibles”, affirmant que ses supérieurs étaient au courant de ces petites affaires… Ce que le juge semble croire, selon des documents que Médiapart s’est procurés.

Jacques de Chateauvieux, déjà condamné il y a plus de vingt ans pour corruption, n’a de toutes façons pas jugé bon de répondre à Médiapart. Sera intéressant à suivre, le procès sur ces faits-là, à Marseille…

L. C.