Avec tambours et trompettes

Le défilé du 1er mai qui se déroulait ce matin au Port s’est déroulé dans une ambiance bon enfant. Trop, au goût du Tangue.


Le Tangue est pour l’instant gratuit pour vous, mais pas pour nous. Vous pouvez nous aider tout de suite en nous soutenant ici.


 

Ah c’est sûr, on est gentils, à La Réunion. C’est pas comme si on était le territoire comptant le plus d’éborgnés suite aux manifestations de novembre ou qu’on se faisait rouler dans la farine par des annonces rigolotes… Non, ça va, on est gentils. En Métropole, les grands villes montent des barricades, les journalistes font des communiqués contre les violences policières, pendant qu’à La Réunion, le principal sujet réside dans le fait de savoir si la CFDT laissera tomber son pique-nique pour rejoindre les cortèges, ou s’il vaut mieux défiler à Saint-Denis ou au Port. 

Ce matin, Le Tangue avait donc mis le réveil pour aller voir ce qui se tramait au Port, puisque, pour la première fois depuis plus de quinze ans, le CGTR a décidé d’y défiler lors de la Fête du travail. Si nous ne sommes pas de fins statisticiens, nous avons pu remarquer malgré tout qu’il y avait du monde, plus en tous cas que lors des dernières manifs. Nos confrères ont compté environ un millier de personnes, ce qui n’a pas l’air bien faux à vue de nez.

Un cortège du premier mai, à La Réunion, c’est donc un sympathique groupe de musique qui ouvre la route avec des tambours et des trompettes, un gros, gros tas de militants rouges de la CGTR en tête, deux ou trois fumis, quelques organisations syndicales qui ont daigné faire le déplacement – pas FO et la CFDT, donc – et surtout, cette fois, pas mal de “Gilets jaunes”. On a bien croisé une poignée d’anars qu’on aurait bien mis devant tout le monde, mais pas assez pour voir voler un petit galet en direction des établissements bancaires devant lesquels le défilé est passé. 

Fait inhabituel – plus inhabituel, en tous cas, que la chemise impeccablement repassée de Younous Omarjee – il a beaucoup été question, dans les pancartes, d’écologie. Greenpeace était de la partie, et, de manière générale, on a beaucoup vu de slogans contre la pollution et tout ce qui porte atteinte à la nature. Les slogans, ça ne changera pas grand chose, mais ça fait plaisir à notre petit coeur de bête chassée dans les forêts en ce moment. Au vu de l’actualité en matière d’écologie il y a de quoi esquisser un sourire.

Ah, et puis, tout en fin de cortège, il y avait l’UPR. La parti de François Asselineau, un monsieur dont le programme se résume globalement à sortir de l’Europe, et à qui on est prêt à présenter un copain qui a fait un Erasmus en Suède et qui en garde d’excellents souvenirs. Ces gens de l’UPR ont un talent, ils aiment troller. Sur les réseaux sociaux, sur Free Dom, sur les murs, avec leurs affiches, et même dans les défilés du 1er mai. Ils ont d’ailleurs chopé votre ami à piquants pour lui refiler deux tracts (!), lui expliquer à quel point l’Europe, c’est caca, et que François Asselineau, il faut écouter ses conférences. Des trucs de plusieurs heures sur youtube où le bougre raconte quelques belles conneries, comme le fait que l’Union européenne aurait été fondée par un nazi. Leur trollage de défilé n’a d’ailleurs pas eu l’air de plaire aux militants de la France Insoumise, avec qui ils se sont engueulés en remontant la deuxième avenue. Au moins, cela a fait un peu d’action.

Loïc Chaux