2011 – 2018 : à Mayotte, on change les têtes, les problèmes demeurent…

Après la visite à La Réunion de la gentille Annick Girardin, ministre des Outre-mer, en marge des manifs des Gilets jaunes, Le Tangue s’est intéressé à ces venues de représentants du gouvernement dans les DOM à l’occasion de crises et s’est demandé : “mais au fait, à quoi ça a servi?” Deuxième épisode, Mayotte, marquée par les manifs d’ampleur depuis 2011.

En octobre 2011 à Mayotte, à droite les manifestants, à gauche, les négociateurs…

À Mayotte, l’année 2011 aura sans doute marqué le premier grand conflit social de l’histoire de l’île. Pendant plusieurs mois, la circulation a été bloquée, la déjà pas très structurée économie a tourné au ralenti, les commerces n’étaient plus ravitaillés. À l’époque, le gouvernement n’avait pas grand chose à proposer. Sarkozy avait déjà « offert » le statut de département aux habitants – tu parles d’un cadeau –, alors, c’était suffisant.

Marie-Luce Penchard, ministre des Outre-mer de l’époque, après une visite, avait nommé non seulement un médiateur mais aussi… un négociateur. Comme si elle dirigeait le Raid et qu’elle préparait un assaut. C’est son ex-directeur de cabinet et ancien préfet local Denis Robin qui avait pris sa crème contre les coups de soleil, son masque, son tuba et qui avait débarqué à Mayotte.  

Au final, quelques accords ont été signés sur un coin de table pour coller un pansement sur la jambe de bois mahoraise : baisse de 10 % de la viande de bœuf, harmonisation du prix du sable et distribution de bons d’achat de 5 euros. Merci la France ! Ah, oui, une autre tête émerge à cette époque : Boinali Saïd, qui était alors syndicaliste à la CFDT, et qui a pris la tête des manifestations. Dans la foulée, il s’est fait élire député, en promettant de porter la voix de ses concitoyens. Finalement, celui qui était surnommé le « député mabawa » (en shimaoré, nom des « aile de poulet », denrée très consommée à Mayotte) restera sans doute dans les mémoires comme l’un des élus les plus inactifs de la Ve République.

Super préfet

Et puis, début 2018, un nouveau mouvement d’ampleur fait surface. Cette fois, il y est moins question de vie chère que d’insécurité. Cambriolages, agressions diverses, braquages… L’île encore si paisible quinze ans plus tôt ne supporte plus ses conditions de vie. Les ennemis désignés sont les clandestins, qui représenteraient près de la moitié de la population et qui seraient les principaux auteurs de ces méfaits. Les Mahorais réclament donc plus de sécurité. Rivomalala Rakotondravelo, syndicaliste de l’enseignement (Snuipp), n’est néanmoins pas dupe : « Tout ça, ce sont des histoires de pauvres qui se battent entre eux pour survivre ». Si elle n’est pas clairement exprimée, la question sociale est donc sous-jacente.

Annick Girardin, déjà elle, fait savoir qu’elle va se rendre sur l’île. Des maires, des manifestants lui répondent qu'”elle n’est pas la bienvenue” estimant qu’elle n’a pas assez de pouvoir. Elle enfile un salouva (tenue traditionnelle portée par les femmes) et y arrive finalement le 11 mars. Elle y retourne deux mois plus tard. Il devait lui rester des plongées à réaliser sur son forfait… Car dans les faits, pas grand chose a été propose par le gouvernement macroniste. Pour calmer la colère, il ne se contente pas de nommer un vulgaire « médiateur », mais un nouveau préfet, qui a également le titre de « délégué du gouvernement ». C’est donc un « super préfet » et, en plus, c’est Dominique Sorain, jusqu’alors directeur de cabinet de la ministre, passé avant par La Réunion, qui prend ces fonctions. Wahou ! En ayant « réglé » le problème ainsi, la seule question qui subsiste, c’est : à quand le prochain conflit social ? Parce que ce coup-là, il faudra sans doute nommé un « méga-super-préfet » pour faire mieux que les fois précédentes.

Mathis Lucas