Aux Antilles, les chaudières tournent à plein régime

Le Tangue vient de mettre la main sur une décision du Conseil fédéral d’appel de la Fédération française de cyclisme, qui condamne un coureur antillais à quatre ans de suspension. Apparemment, il tournait à l’EPO.


Le Tangue est pour l’instant gratuit pour vous, mais pas pour nous. Vous pouvez nous aider tout de suite en nous soutenant ici.


 

On a eu mauvais esprit, il y a dix ans. Lorsque les championnats des DOM de cyclisme – aujourd’hui renommés “Championnats de France des Outre-mer” – étaient venus se dérouler à La Réunion, et que les locaux avaient justifié la branlée qu’ils avaient reçue par les Guadeloupéens par le fait que c’étaient “des chaudières“, on s’était dit que, vraiment, ils étaient mauvais joueurs. 

Or, dix ans plus tard, le coureur vainqueur de l’époque, Joann Ruffine, a été plusieurs fois condamné et sanctionné pour prise d’EPO. Et cette réputation de “chaudières” que les coureurs antillais se traînent dans les pelotons amateurs ne risque pas de s’atténuer avec ce que vient de dénicher Le Tangue : le Conseil fédéral d’Appel antidopage de la Fédération française de cyclisme (FFC) a confirmé, il y a peu, une suspension de quatre ans (!) prononcée en première instance en juillet contre Lionel Miny, coureur guadeloupéen de vingt-sept ans. 

C’est en avril 2018, à l’occasion de la course des Six jours du Crédit Agricole, que le coureur avait été contrôlé positif à une sorte d’EPO, la darbépoétine. D’abord condamné à quatre ans de suspension, il avait fait appel, ce qui ne lui a pas servi à grand chose, donc. Mais là où ce genre d’histoire peut concerner La Réunion – du moins, ses cyclistes – c’est qu’une année sur deux, tous les départements d’Outre-mer se réunissent pour des championnats dont nous parlions en début d’article. Lors des derniers, à Saint-Martin (quelques jours avant le passage d’Irma), la Guadeloupe avait dominé les débats, avec dans ses rangs, notamment, un certain Lionel Miny.

 

Le dopage dans les DOM, c’est chez nous, aussi, hein

 

Mais ce n’est pas tout : le vainqueur de l’époque, le Guadeloupéen Luis Sablon, revenait déjà d’une suspension pour récidive dans la prise de corticoïdes. Et d’ailleurs, il suffit de retrouver la liste des coureurs guadeloupéens ayant participé aux derniers championnats des Outre-mer pour compléter une liste déjà fournie d’athlètes suspendus pour dopage. Et pour remuer le couteau dans la plaie, certains ont même participé à des Tours cyclistes réunionnais il n’y a pas si longtemps. En 2015, Libé relatait déjà dans un reportage sur place les problèmes profonds dont souffrait le cyclisme antillais, sport roi là-bas, mais qui voit couler l’argent à flots avec les dérives que cela comporte. Mettez donc des milliers de spectateurs sur la route à La Réunion, des récompenses sonnantes et trébuchantes, les “unes” de journaux à la fin du Tour de l’Île, et envoyez quelque temps plus tard les contrôleurs de l’AFLD…

En attendant, c’est vrai que la domination guadeloupéenne dans les DOM (même si la Réunionnais David Rivière a gagné en 2015, devant des coureurs antillais qui tomberont pour dopage par la suite, notons-le) trouve peut-être une de ses nombreuses explications. Mais on ne va pas faire les malins, à La Réunion : Le Tangue vous racontait déjà l’histoire de ce rugbyman saint-pierrois qui, lui aussi, avait pris quatre ans. Ou de ce motard, qui en avait pris juste un. Qualifier les autres de chaudières, c’est quand même un coup à ce que ça vous pète à la gueule un de ces quatre…

Loïc Chaux

 

 

Pardon pour la photo, mais quand on tape “chaudière” dans des banques de photos libres de droit, on tombe là-dessus. On a trouvé ça joli, surtout pour les petits enfants qui n’ont vu que le petit train de la Grande-Chaloupe dans leur vie.