Ah, les valeurs du rugby…

Pour avoir refusé de se soumettre à un contrôle antidopage en 2017, un ancien joueur de rugby du RC Saint-Pierre a été suspendu quatre ans. C’est énorme.

 

À force, il va bien falloir que les rugbymen arrêtent de nous bassiner avec leurs soi-disant “valeurs”, celles qui seraient, paraît-il, supérieures à celles du foot et de tous les autres sports réunis. On a déjà eu droit, récemment, à des polémiques sur l’arbitrage, n’ayant rien à envier à celles des footeux ; la santé de ces golgoths serait de plus en plus préoccupante et désormais, c’est vers le dopage que se tournent les inquiétudes : en 2013, l’AFLD expliquait que c’était le rugby qui était le sport le plus touché, proportionnellement au nombre de contrôles : “Le sport qui donne le plus haut pourcentage de cas positifs si nous tenons compte de toutes les molécules interdites présentes sur notre liste.” De quoi un peu foutre la paix aux cyclistes.

À La Réunion, un rugbyman s’est vu infliger une suspension de quatre ans, il y a quelques mois : c’est, à notre connaissance, la peine la plus élevée jamais infligée à un sportif sur notre île. 

Tout commence le 18 mars 2017, lors du match du championnat Honneur régional de rugby (le plus haut niveau à La Réunion), entre le RC Saint-Pierre et le RC Saint-Paul. Selon le compte-rendu de l’Association française de lutte contre le dopage (AFLD) que nous nous sommes procuré, un contrôleur se pointe à Casabona, et demande à contrôler quatre joueurs. Apparemment, l’un d’eux n’était pas vraiment d’accord : “L’intéressé a signé le procès-verbal de contrôle lui notifiant cette obligation, puis s’est présenté au local de prélèvement, mais a indiqué refuser de se soumettre au contrôle, estimant qu’il n’avait pas à être contrôlé en tant que sportif amateur.” Curieuse manière d’envisager la lute contre le dopage : s’il fallait suivre son raisonnement, il ne faudrait donc contrôler que les sportifs pros… ce qui arrangerait pas mal le rugby, quand même.

 

L’appel, peut-être pas la meilleure idée…

 

Or, dans le monde des sanctions contre le dopage, refuser un contrôle revient à la même chose que de s’être dopé. Et depuis 2015, les sanction sont lourdes : si, il y a trois ans, vous risquiez une suspension de deux ans, c’est désormais quatre ans d’interdiction de pratiquer qui sont infligées. En première instance, donc, notre rugbyman rebelle a pris quatre ans d’interdiction de ballon ovale dans les dents. Mais il ne l’a ensuite pas joué très fine.

Au lieu d’accepter la sentence, et au pire, d’aller faire un autre sport – on connaît des rugbymen très bien s’épanouissant au foot ou au handball – il a interjeté appel de la décision. Or, au moment de cet appel, le sportif en question n’est plus licencié à la Fédération française de rugby. Ce n’est donc plus à la FFR, de juger en appel, mais carrément à l’AFLD, qui a les compétences pour : “Elle est compétente pour infliger des sanctions disciplinaires aux personnes non licenciées des fédérations sportives françaises“. Et, arriva ce qui devait arriver, la peine de quatre ans est confirmée en appel. Mais comme le monsieur n’était plus licencié, il se retrouve carrément interdit de “participer pendant quatre ans aux manifestations sportives organisées ou autorisées par les fédérations sportives françaises agréées ou délégataires, ainsi qu’aux entraînements y préparant organisés par une fédérations agréée ou l’un des membres de celle-ci.” Du coup, reste la pétanque, le beach rugby ou le footing avec les copains, pour patienter jusqu’en 2021. Après tout, c’est très bien aussi, le sport sans club. Même si on y trouve des gens sympas, et pas qu’au rugby.

Loïc Chaux