“J’ai fait l’con”

Un peu sonné, Jean-Luc Poudroux a finalement répondu aux questions que nous nous posions, après que nous ayons découvert avec l’aide de l’Icij que son nom apparaissait dans les SwissLeaks. Et puisqu’il confirme ce que nous affirmions il y a quelques jours, on va prendre le temps de l’écouter. On n’est pas des bêtes, quand même.


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Il s’est qualifié lui-même de “Naïf“, “jeune“, “fautif” et même un peu “con” : si on croyait à l’efficacité de la psychanalyse, on lui aurait facturé deux cent balles, ce matin, à Jean-Luc Poudroux. Ça l’aurait fichue mal, il venait de nous dire qu’il n’était pas très riche.

Cette conférence de presse, organisée au dernier moment à Saint-Denis et qui se déroulait ce matin laisse songeur. Le Tangue, qui est foncièrement méchant, pourrait se dire qu’il a eu face à lui un énième rigolo de la politique, qui ne se rend même plus compte du monceau de bêtises qu’il raconte. Et c’est sûrement vrai. Mais il lui arrive aussi d’avoir bon fond : si ce petit monsieur qui lui a fait face, ce matin, les yeux un peu brillants, lui a raconté des mensonges, alors on tient là une performance de haut vol. Jean-Luc Poudroux a-t-il menti ? Il n’a produit aucun document pour confirmer ce qu’il nous a raconté ; au Tangue, on n’a donc aucune raison de le croire. Ni de ne pas le croire, d’ailleurs.

 

Ah, c’est sûr que c’est pas un Livret A…

 

Jean-Luc Poudroux a donc bel et bien possédé un compte auprès de la filiale suisse de la banque HSBC. Secret de polichinelle, il avait confirmé nos informations la veille aux confrères du Jir. Selon lui, en 1992, il serait parti déposer ses “économies“, soit “quatre mille euros“, à Genève, suivant les conseils d’un “ami en Métropole qui l’avait fait aussi” : “Je pouvais placer à 3% ici, là-bas, c’était à 10%.” Une sacrée belle affaire : en sept ans, ses quatre mille euros ont fait des petits, puisqu’en 1999, il retirait de la banque “dix mille euros” soit, selon lui, “six mille euros d’intérêt” (1).

Toujours selon monsieur Poudroux, toutes les opérations se sont effectuées en cash. Il est donc lui-même allé en Suisse, à Genève, déposer ses quelque vingt-cinq mille francs, puis y est retourné “une ou deux fois, je ne sais plus“. Il était alors maire de Saint-Leu, conseiller Général puis président du Conseil Général : “Il a pu arriver, en effet, que je profite d’un voyage dans le cadre de mes fonctions pour aller en Suisse, j’ai de la famille qui n’habite pas très loin, mais je n’ai jamais utilisé un billet payé par une collectivité uniquement dans ce but.

 

Terrain et Berlingo

 

En 1999, il affirme décider finalement de clore le compte en question : “J’ai pris l’initiative de tout arrêter après avoir été élu président du Conseil Général“, ce qui coïncide en effet avec nos informations. Toutes ces opérations ont été effectuées, comme nous nous en doutions, dans le dos des impôts : “J’ai caché les intérêts au fisc, oui. Moi, je ne pensais pas vraiment à dissimuler, je voyais surtout ces 10%, il m’arrive d’être un peu naïf. Cet argent, il m’a ensuite servi pour m’acheter de quoi vivre. Les Saint-Leusiens m’ont toujours vu, ils savent que je ne suis pas riche, que j’ai un terrain partagé avec mes frères et soeurs et un Berlingo. Je n’ai jamais profité de la politique pour m’enrichir.” Ancien enseignant, élu sur plusieurs mandants, si, comme il l’affirme, il a réellement “été en difficulté financières après ma défaite aux municipales de 2008“, on peut dire qu’il n’a pas super bien mené sa barque.

Bref : aujourd’hui, monsieur Poudroux admet donc “avoir commis une faute morale. Je regrette d’avoir agi de la sorte. Je ne suis pas parfait, la preuve. C’est une erreur de jeunesse.” Faut-il donc croire Jean-Luc Poudroux lorsqu’il affirme que “c’est la dernière chose” que l’on va découvrir sur lui ? Qu’il n’a pas répondu à nos questions par “manque de temps” ? Que “peut-être“, il “aurait fini par le dire” ? Qu’il a agi “pour lui“, et pas pour d’autres ? Sans document, sans preuve, pas de réponse. Poudroux s’est fait gauler, il s’est expliqué, on aura du mal à encore plus vérifier, fermez le ban.

Loïc Chaux

 

(1) En refaisant le calcul, s’il avait déposé quatre mille euros à 10%, il aurait retiré environ huit mille euros, et non dix mille. Mais un peu plus tard, sur Réunion 1ère, il affirmait plutôt avoir déposé six mille euros à 10%, ce qui amène en effet environ à dix mille euros sept ans plus tard. Monsieur Poudroux a expliqué plusieurs fois ne pas se souvenir de tout, vu l’ancienneté des faits. Là encore, on ne peut que le croire sur parole, et essayer de s’y retrouver au milieu de ce fatras de chiffres.