Le “vivrensemble” et les 39% de Le Pen

Peut-on vraiment s’étonner de la teneur des commentaires sous les articles consacrés au migrants Sri-Lankais arrivant à La Réunion ?


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Depuis la fin de l’année 2018, plusieurs médias locaux – dont le Tangue – s’inquiètent franchement de la teneur de beaucoup de commentaires sous les articles consacrés aux quelques migrants d’origine sri-lankaise arrivant à La Réunion. “Et encore, ce qu’on voit, ce sont les commentaires diffusés après modération“, nous expliquait hier un journaliste de la place. Pour résumer, il s’agirait de retirer la qualité d’humains en détresse à ces hommes et femmes-là, pour les réduire à un rôle de “profiteurs” (on reste polis, parce qu’en général, ce n’est pas dit en ces termes-là.) ; quant à la meilleure manière de s’en occuper, il s’agirait de les renvoyer immédiatement dans leur pays pour les plus sympas, de couler leurs bateaux pour les fans de bataille navale

Ces remarques sont finalement assez proches des discours que peuvent tenir le Rassemblement National ou les membres de Génération identitaire sur les arrivées – sans commune mesure, en terme de nombre – de migrants en Europe ces dernières années. Pour les premiers, il s’agit d’un os à ronger, un thème de campagne. Pour les seconds, c’est carrément l’Aquarius (un bateau qui vient en aide aux migrants) qu’il faut éliminer, quand il ne s’agit pas, sur terre, d’aller courser les candidats à l’asile jusque dans les montagnes. 

Au Tangue, pas de commentaires

Il ne vous aura pas échappé que sur notre site, il n’est pas possible d’écrire des commentaires sous nos articles. Deux raisons à cela : nous n’avons pas le temps de faire de la modération, et vu les bêtises qu’on voit passer chez les autres, qui ont pourtant des modos, on préfère s’abstenir. 

Et puis Le Tangue aime la discussion, mais pas sous un article, où le débat est impossible, et les arguments les plus idiots sont au même niveau que les réponses construites. Lecteurs du Tangue, si vous voulez débattre, allez donc dans les bistrots : il y a plein de gens, on peut y boire des coups, et se postillonner dessus à foison.

Après tout, on nous objectera que ça n’a rien à voir, et que ce sont les plus belliqueux qui postent des commentaires, que ceux-ci ne sont le fait que d’une poignée de Réunionnais… Et c’est peut-être bien vrai.

Sauf que Le Tangue n’a pas la mémoire courte. Et qu’il serait bon de rappeler que dans un passé tout proche, c’est-à-dire en 2017, Marine Le Pen (qui portait encore l’étiquette du Front National) réalisait un score de 23,46% au premier tour de l’élection présidentielle, puis 39,74% au second. À chaque fois, largement plus que le pays entier. Moins qu’à Mayotte, certes, mais quand même : à La Réunion, lors des élections présidentielles – où il est quand même plus question d’idées que de personnes, par rapport aux élections locales – ça vote pas mal à l’extrême droite, depuis peu. Une extrême droite dont le discours repose essentiellement sur les migrants et la fin du monde qu’ils sont censés amener dans leurs valises. Valises qu’ils n’ont pas, d’ailleurs, mais c’est une autre histoire.

Dans le même temps, les Réunionnais continuent à promouvoir leur soi-disant vivre-ensemble, notamment sur les réseaux ; en décembre, Cyrille Melchior se fendait encore d’une tribune où il donnait la leçon au reste du monde (oui, carrément), suite à l’attentat de Strasbourg : “En cette période de troubles, nous Réunionnais avons un message particulier de tolérance à apporter au monde.” Et pendant qu’on se persuade qu’on est meilleurs que les autres, Marine, donc, fait presque 40% ici, Philippe Cadet gonfle le nombre de ses admirateurs, Ibrahim Dindar affiche sa trombine un peu partout dans Saint-Denis et des commentaires qui sentent mauvais de la bouche fleurissent sur les sites Internet.

L. C.

 

Tiens, au RN, ils viennent de lire les commentaires sous les articles de Zinfos et Clicanoo.