En Guyane, Bareigts au balcon et échographe dans le carton

Après la visite à La Réunion de la gentille Annick Girardin, ministre des Outre-mer, en marge des manifs des Gilets jaunes, Le Tangue s’est intéressé à ces venues de représentants du gouvernement dans les DOM à l’occasion de crises et s’est demandé : “mais au fait, à quoi ça a servi?” Premier épisode, la Guyane, en 2017 au cours du mouvement des “500 frères”. 

 

Il y a eu Charles… puis Ericka

Pour la Métropole, la Guyane, a été pendant longtemps un bout de terre d’où sont lancées les fusées Ariane, et le “pays” de Mimisiku et de Bernard Lama. Mais en 2017, elle découvrait aussi que là-bas vivaient des Guyanais s’inquiétant pour leur modèle de société. En mars de cette année-là, la Guyane (que le candidat Macron avait qualifié d'”île“) voyait alors naître un mouvement social d’ampleur : routes bloquées, grève générale, et nombreuses revendications. Le mouvement des “500 frères”, collectif à la tête de la mobilisation et créé suite à la mort d’un jeune homme à Cayenne, demandait alors des réponses à propos de l’insécurité, de l’immigration illégale, mais aussi du chômage, notamment chez les jeunes ou demandait des comptes à propos des promesses des différents gouvernements précédents non-tenues.

Le préambule du futur accord de Guyane décrit la situation en ces termes : “Ces manifestations faisaient suite à de longues années de mise en garde de l’État et des gouvernements successifs par les élus et de revendications de la population qui se sont intensifiées en 2017, exprimant un sentiment d’abandon par la République et revendiquant un traitement juste et équitable des difficultés et des défis auxquels la Guyane doit faire face. Le mouvement traduisait à la fois une demande de plus de considération par la République et la volonté des Guyanais de prendre en main leur destin pour relever ces défis et valoriser les potentiels de leur territoire.” Toute ressemblance avec une situation actuelle sur notre île étant évidemment fortuite. Lacrymos contre les manifestants, rackets à certains barrages, inquiétudes des dirigeants pour l’économie, tout y est.

Bareigts au balcon

Si bien qu’au bout de neuf jours, et à la demande des manifestants, le gouvernement Hollande envoie son équipe de choc, la ministre réunionnaise des Outre-mer Ericka Bareigts et son ministre de tutelle, le ministre de l’Intérieur Mathias Feckl, qui n’a pas eu de bol de se retrouver dans un tel merdier, lui qui n’était là que pour assurer l’intérim avant les élections. On se souvient des excuses de Bareigts au balcon de la Préfecture, mégaphone à la main, pour avoir un peu tardé à réagir. On se souvient aussi de la suite : cet accord de Guyane, donc, et ce fameux milliard promis par l’État dans le cadre d’un “plan d’urgence” ; mais on y trouvait aussi une demande de deux milliards supplémentaires. Ce à quoi le protocole répondait : “Les propositions complémentaires qui, après concertation avec l’Etat, les élus, le collectif et d’autres acteurs de la société civile, seront retenues dans le plan de convergence.” Sous-entendu : on fera tout plein de réunions jusqu’à ce que vous oubliiez. Bref, c’était magnifique, l’État avait fait plein de promesses.

Un an et demi plus tard, qu’en est-il ? Nos confrères de Guyaweb se sont posé la question, lors de la visite d’Annick Girardin, en septembre. 83% des mesures du Plan d’urgence pour la Guyane” auraient été “réalisées” tandis que les 17% restant seraient “engagées”selon la ministre. Sauf que, derrière la com’, toujours selon nos confères, des élus se plaignent du “manque de visibilité sur les évolutions budgétaires”. Un exemple ? Dans les accords était prévue l’installation d’un échographe à l’aéroport, permettant la détection de cocaïne sur les passagers. En août, il était encore dans son carton. Quant aux deux milliards sur lesquels l’État devait se pencher rapidement ? “Il ne s’est rien passé“, nous confirment nos confrères.

Loïc Chaux