Une vigilance de dengue !

Les services de l’État nous assurent aujourd’hui qu’ils sont “vigilants” à propos de la dengue. Comme le mois dernier, d’ailleurs. Ou l’année dernière. Ou il y a deux ans. 

 


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C’est un peu l’histoire sans fin. Ce mardi, la préfecture de La Réunion a adressé aux rédactions un communiqué intitulé Épidémie de dengue : renforcement des dispositifs et vigilance au retour des vacances. Rien d’anormal qu’un service de l’État donne quelques conseils et fasse un point sur la situation… si ce n’est que votre bête à piques avait un goût de déjà vu à la lecture du bouzin. Et pour cause. Le Tangue est de conserve et archive tout. Il a remonté le temps dans sa boite mail et a constaté que les dispositifs sont renforcés depuis un bon bout de temps.

Pourtant, ce dernier communiqué note : “Depuis près d’un mois, la circulation du virus de la dengue s’intensifie sur l’île.” Depuis près d’un mois ? C’est un peu comme lorsque vous êtes en retard à un rendez-vous et que vous dites à votre rencard : “J’arrive dans cinq minutes” et que vous pointez votre museau une demi-heure plus tard. Car le premier message des services de l’État concernant la dengue que nous avons retrouvé remonte à mai 2016. Dans ce mail, la préf’ annonçait : “Depuis fin 2015, 161 cas autochtones de dengue ont été confirmés à La Réunion et le virus continue à circuler dans différents foyers de transmission du Sud et de l’Ouest de l’île. Le 4 mai 2016, l’ARS OI (NdT : Agence régionale de santé océan Indien) a décidé d’activer le niveau 2B du dispositif ORSEC de lutte contre les arboviroses, qui prévoit notamment un renforcement des actions de lutte anti-vectorielle.” En mars 2018 – le Tangue avait reçu d’autres messages entre temps mais les a supprimés par souci de place dans sa boîte – rebelote.

 

“Se protéger des piqûres de moustiques.”

 

Dans le beau bâtiment blanc du Barachois, on nous parle alors de 687 cas autochtones depuis 2017 et d’un passage en niveau 3 du dispositif ORSEC dit “Épidémie de faible intensité”. Eux, les moustiques, n’en ont rien à branler de ces dispositifs et de cette épidémie. Car quelques semaines plus tard, le préf’ nous annonce qu’en seulement une semaine, du 26 mars au 1er avril 2018, on note l’apparition de 167 cas nouveaux. Et on nous dit qu’il y a “une forte mobilisation des pouvoirs publics”. Concrètement : on renforce les effectifs de l’ARS, certainement pour allumer des spirales anti moustique, des pompiers volontaires se consacrent à la chose. Tout ça. Suffisant ? Les moustiques s’en foutent toujours. La semaine suivante, 237 nouveaux cas sont recensés. Bim ! Autant dire que la forte mobilisation marche bien. La préf’ pond un nouveau communiqué et réitère les recommandations à la population. Oyez, oyez : “Éliminer les récipients d’eau autour de son habitation” et, surtout, “se protéger des piqûres de moustiques”. On est cons, on n’y avait pas pensé. Le 17 avril 2018, un communiqué est titré “L’épidémie prend de l’ampleur”. Sans déconner ! Des conseils sont donnés aux voyageurs. On ne revient plus des DOM avec des maladies vénériennes mais avec la dengue. Avantage : c’est moins chiant pour se justifier devant bobonne. Ah les conseils, on allait oublier : “Se protéger des piqûres”… encore ? Les services de l’État médiatisent alors “les opérations de lutte collective” à Saint-Paul, Saint-Pierre. Une façon de montrer qu’au Barachois, on se sort les doigts du cul. Efficace ? Penses-tu. Le 15 mai on nous apprend que “l’épidémie continue”. Les moustiques n’ont visiblement pas lu la presse. Le 23 mai, on sent la lassitude du service com’ de la préf’ : “L’épidémie se poursuit toujours”. Car malgré les mesures, la mobilisation, l’esbroufe de la préfecture, ce sont au total, ce 30 janvier 2019, 6822 cas qui ont été confirmés depuis le 1er janvier 2018 dont trois décès directement liés à la maladie. La semaine dernière, la députée Ericka Bareigts a posé la question à Agnès Buzyn, la ministre de la santé : “La lutte anti-vectorielle, comme lors de la crise du chikungunya, est nécessaire mais pas suffisante. L’utilisation des répulsifs est recommandée. Vous comprendrez que de nombreux Réunionnais ne puissent se protéger. Qu’allez-vous faire ?” Réponse : “Nous savions, grâce à une modélisation, que l’épidémie de dengue allait reprendre cette saison et, en effet, les cas s’accumulent, en particulier dans le sud de l’Île. Nous allons donc renforcer la lutte anti-vectorielle en accroissant les moyens de l’Agence régionale de santé, du service départemental d’incendie et de secours, ainsi que du régiment du service militaire adapté, de façon à aider la population à éradiquer les moustiques. Il faut aussi que la population y participe en limitant les points d’eau et évidemment en utilisant les répulsifs recommandés.” La meilleure solution reste de ne pas être sur l’Île. Agnès Buzyn n’est pas revenue à La Réunion depuis octobre 2017.

Nicolas Goinard